Guillaume Capelle a un souhait : intégrer professionnellement les personnes réfugiées le plus efficacement possible au sein de notre société. Mais comment faut-il procéder, qu'est-ce que cela peut apporter à une entreprise ?
A l'occasion de la pause estivale, les équipes d'impact.info vous propose de (ré) écouter l'un de nos épisodes publié cette année. Il s'agit de la mise en lumière de Singa , une organisation à but non lucratif qui vise à favoriser l’intégration des réfugiés en créant des ponts entre les communautés locales et les personnes déplacées. Cocréée par Guillaume Capelle .
Bonne écoute !
Juliette Boulegon
Journaliste impact.info
Publié le 1 août 2024
Paroles Audio en Français· Transcription générée par IA
0:00 Bonjour, c'est Juliette, et bienvenue dans le podcast de celles et ceux qui veulent faire 0:08 bouger les lignes au sein de leur entreprise. 0:10 Investir en faveur des personnes réfugiées, c'est le pari que s'est lancé Guillaume 0:16 Capelle, fondateur de Singa, une association qui accélère l'insertion des personnes 0:20 immigrées. 0:21 Et aujourd'hui, il est directeur associé chez Impact Partners, en charge des sujets 0:26 d'inclusion des réfugiés. 0:27 Je m'appelle Guillaume Capelle, j'ai 35 ans et je suis né à Paris. 0:32 J'ai cofondé l'ONG Singa, et aujourd'hui je suis directeur associé chez Impact Partners. 0:36 Je suis chargé de tous les sujets d'inclusion des réfugiés et des immigrés chez Impact. 0:41 Guillaume Capelle, est-ce que vous pouvez nous présenter plus précisément vos activités ? 0:46 Alors, il y a 12 ans, j'ai créé une ONG qui s'appelle Singa, qui au départ était 0:51 en France et qui maintenant est internationale, elle est dans 7 pays, et qui travaille sur 0:55 l'inclusion un peu à 360 degrés des personnes qu'on appelle nouvelles arrivantes, des personnes 1:00 réfugiées et immigrées. 1:01 Et moi, j'ai rejoint Impact comme associé pour monter un fonds d'investissement, le 1:06 premier fonds en Europe, sur les sujets d'inclusion des nouveaux arrivants. 1:09 Très bien, merci. 1:10 Est-ce que vous pouvez nous donner une définition de ce qu'est un réfugié ? 1:15 Alors, un réfugié, d'abord, c'est une femme. 1:18 On l'oublie souvent parce que l'image qu'on en a quand on regarde sur un moteur de recherche, 1:22 dans les médias, c'est principalement l'image masculine, mais il y a autant de femmes, voire 1:27 plus, que d'hommes parmi les réfugiés. 1:29 Ce sont aussi beaucoup des enfants, plus de 40% en France, donc une femme, un enfant, 1:35 un homme qui a dû partir parce qu'elle était en danger soit à cause d'une guerre, soit 1:40 à cause de persécution, soit à cause maintenant et de plus en plus des dérèglements climatiques. 1:45 Et justement, c'est quoi les enjeux migratoires actuels et futurs ? 1:50 Si on prend le dernier rapport de l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, on voit 1:54 qu'il y a aujourd'hui dans le monde 100 millions de personnes déplacées. 1:59 C'est un chiffre, je crois, qui est plus important et qui n'a jamais été en fait 2:03 enregistré par cette organisation. 2:05 Il a doublé et plus, il va vraisemblablement tripler dans les 20 années qui viennent, 2:10 aussi du fait des changements climatiques. 2:12 Notre capacité à anticiper, à résoudre des problèmes et à tirer le meilleur de 2:17 la migration aujourd'hui va aussi déterminer notre capacité à réaliser une transition 2:21 juste dans les années qui viennent. 2:23 Est-ce qu'en France, on est capable de quantifier le nombre de réfugiés ? 2:29 En France, on sait qu'il y a 690 000 personnes exilées, donc ça fait à peu près 100 personnes 2:36 pour 10 000 habitants. 2:37 En valeur absolue, c'est le troisième pays d'accueil européen derrière l'Allemagne 2:42 et la Pologne, mais en proportion de sa population, elle se classe vingtième en Europe, loin derrière 2:50 Chypre par exemple, qui est le premier pays d'accueil, qui accueille à peu près 727 2:54 personnes pour 10 000 habitants. 2:55 Et alors, comment ça se passe ? Est-ce qu'ils doivent rester en France ? Peuvent rester 2:59 en France ? Est-ce qu'ils ont le droit de travailler ? Comment ça se passe ? 3:02 Si la guerre continue dans leur pays et s'ils peuvent toujours être persécutés, ils ont 3:09 le droit de rester en France, mais souvent, ça reste une décision très intime et personnelle 3:15 que de rester ou de repartir. 3:17 Il y a certaines personnes qui décident de rentrer malgré les risques, qui existent 3:22 toujours, et il y en a d'autres qui décident de rester toute leur vie dans leur nouveau 3:25 pays d'accueil parce qu'elles se sont mariées, elles ont une famille, elles ont aussi changé 3:30 de vie. 3:31 On n'est jamais d'ailleurs réfugié pendant trois mois, c'est plusieurs années puisque 3:36 généralement, quand on est persécuté pour une raison, elle ne disparaît pas dans 3:40 la nuit. 3:41 Est-ce que les personnes réfugiées peuvent travailler ? Oui, les bénéficiaires de la 3:44 protection internationale ont le droit de travailler en France, ils peuvent être recrutés 3:48 exactement de la même manière que les Français. 3:50 Il faut savoir que les employeurs vont être exonérés de la taxe OFI, comme on l'appelle 3:55 en France, qui s'applique seulement aux travailleurs étrangers. 3:58 En revanche, nuance, les demandeurs d'asile, donc ce sont les personnes qui n'ont pas encore 4:03 reçu leur statut de réfugié, elles doivent disposer d'une autorisation de travail et 4:08 elles ne peuvent en disposer qu'à partir de six mois sur le territoire et sur demande. 4:14 OK. 4:15 Et alors, comment est-ce que vous répondriez à notre question du jour, à savoir pourquoi 4:19 recruter un réfugié ? D'abord, on va recruter quelqu'un, un travailleur 4:24 qui va avoir des connaissances et des compétences qui normalement sont utiles pour notre entreprise. 4:28 Ce n'est pas aussi une charité, c'est simplement qu'on a aussi besoin de cette personne. 4:32 C'est une personne qui peut aussi avoir des compétences, un talent unique en son genre 4:37 qu'on ne peut pas trouver sur le territoire. 4:40 Ça va être un moyen aussi pour l'entreprise de devenir plus représentative de la société 4:45 dans laquelle elle travaille, puisque aujourd'hui les réfugiés font partie de cette société. 4:48 Il y a une étude de la Fondation Tent qui est spécialisée sur les sujets d'intégration 4:52 des réfugiés, qui a aussi démontré que les consommateurs sont plus susceptibles d'acheter 4:57 des produits d'une entreprise qui réalise du plaidoyer pour l'accueil des réfugiés, 5:01 qui va les embaucher ou qui va faire des dons à des associations dans ce secteur. 5:06 Au niveau RH, c'est aussi une manière d'attirer des talents et de les conserver, 5:10 parce qu'aujourd'hui les salariés cherchent à trouver du sens aussi au travail. 5:14 Ils veulent que leur entreprise agisse aussi sur le réel, sur par exemple une crise humanitaire. 5:20 Et donc quand elles voient que leur entreprise leur permet à eux aussi d'être citoyens, 5:25 ils ont un sentiment d'avoir tendance plus fort à cette entreprise et ils restent également 5:29 plus longtemps, ils sont fidélisés dans les ordres. 5:31 Merci pour cette définition. 5:34 Et est-ce que vous avez des exemples réussis d'intégration économique des réfugiés ? 5:40 Il y a des pays dans lesquels on a accueilli énormément de personnes. 5:43 En Europe, c'est le cas de l'Allemagne, qui en 2015 a accueilli pas loin d'un million 5:49 de personnes syriennes, qui en 2022 a accueilli pas loin d'un million de personnes d'Ukraine. 5:54 Après quelques années, ils ont plus de 50% de ces personnes qui ont réussi à trouver 6:00 un emploi ou une formation professionnalisante. 6:02 Là, il y a 40 entreprises européennes qui sont engagées à accueillir 250 000 réfugiés 6:08 en emploi ou en formation dans les trois années qui viennent. 6:11 C'est une démarche qui a été beaucoup poussée par une entreprise qui s'appelle 6:14 Chobani, qui a été créée par un réfugié aux États-Unis, Hamdi Oulukayar, 6:18 qui a plus de 30% de ses salariés qui sont des réfugiés. 6:21 En France, on a aussi des exemples avec Generali, qui ne s'est pas limitée à embaucher 6:27 des personnes réfugiées dans l'entreprise, mais a aussi réfléchi à comment les produits 6:31 d'assurance qu'elle propose pourraient être adaptés aux crises humanitaires. 6:36 Et donc, par exemple, ils ont permis aux familles qui accueillaient des réfugiés 6:41 chez elles de réduire drastiquement l'assurance pendant la période d'accueil, 6:47 mais aussi d'assurer les personnes qu'elles accueillaient pendant toute la période. 6:51 Qu'est-ce qui change foncièrement si on souhaite recruter une personne qui vient d'arriver en France ? 6:56 Si on veut recruter une personne réfugiée aujourd'hui, 6:59 moi j'invite toutes les entreprises à d'abord signer la charte de l'inclusion 7:03 qui a été réalisée avec Symbia et Utopie, parce que ça va leur permettre de rejoindre 7:08 un collectif d'entreprises inclusives, mais aussi de disposer de très nombreuses 7:11 ressources pour embaucher, donc déjà un guide de l'emploi, mais aussi une liste 7:16 de cabinets de recrutement spécialisés qui vont leur permettre d'identifier les bons profils. 7:21 Il faut comprendre que le recrutement, c'est simplement la première étape, 7:26 mais le plus important, c'est tout ce qui va se passer ensuite. 7:28 Tous les entreprises qui ont envie de se lancer dans ces démarches-là, 7:31 moi je les invite aussi à ne pas le faire seuls, mais à le faire aussi dans des collectifs d'entreprises, 7:36 de pouvoir échanger avec d'autres qui l'ont déjà fait. 7:38 OK, mais il n'y a pas de frein véritable ou il y a quand même quelque chose qu'ils doivent prendre en compte ? 7:43 Non, il n'y a aucun, il n'y a absolument aucun frein. 7:47 Au contraire, je pense que l'entreprise n'en sortira que grandi. 7:50 Je ne sais pas si c'est un frein, mais en tout cas, un point d'attention que je donnerais aux entreprises, 7:57 c'est de sortir très rapidement de « on a recruté un réfugié ». 8:01 Il faut absolument lui redonner son prénom, sa trajectoire tout à fait individuelle et singulière, 8:08 parce qu'il n'y a pas une seule personne réfugiée qui ressemble à une autre. 8:12 Le sujet, ce n'est pas tellement de recruter des réfugiés, mais c'est de créer un espace 8:16 dans lequel les réfugiés peuvent aussi donner leur plein potentiel pour l'entreprise. 8:20 Très bien, merci Guillaume. 8:22 Merci également, avec plaisir. 8:26 Quand j'avais 16 ans, je rêvais d'être architecte ou diplomate. 8:30 Et pourtant, je suis devenu entrepreneur social puis investisseur à Impact. 8:35 Mais je pense que j'utilise toujours le dessin pour créer de l'innovation et ma diplomatie pour négocier des vies. 8:43 Merci à Guillaume, qui est donc le directeur associé chez Impact Partners, 8:47 pour cette interview que vous pourrez retrouver dans notre rubrique Insertion, 8:51 qui regroupe tous les épisodes sur l'employabilité des plus fragiles. 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