Alexandre Chéroux est chirurgien-dentiste et le fondateur de Doc Tripper, une solution pour donner de la visibilité aux territoires sous-dotés, à destination de la jeune génération de professionnels de santé.
A l’occasion de la pause estivale, les équipes d’impact.info vous proposent de (ré) écouter l’un de nos épisodes publiés cette année.
Il s’agit de la mise en lumière du témoignage d'Alexandre Chéroux , fondateur de Doc Tripper .
Bonne écoute !
Florence Jaillet
Journaliste impact.info
Publié le 31 août 2026
Paroles Audio en Français· Transcription générée par IA
0:00 C'est-à-dire qu'on part de quelque chose de peu engageant. 0:02 Le stage le rempla de quelques jours pour donner envie à ce jeune de dire 0:06 c'était sympa, je reviendrai bien faire un deuxième rempla, 0:09 un troisième rempla et puis derrière m'installer plus tard. 0:13 Impact.info, entreprendre autrement. 0:17 Bonjour et bienvenue dans le podcast de celles et ceux qui veulent faire bouger 0:21 les lignes au sein de leur entreprise. 0:23 Lutter contre les déserts médicaux dans les zones rurales ou urbaines sous-dotées 0:27 passe notamment par créer les conditions favorables à la venue de jeunes diplômés. 0:32 Alexandre Chérou. 0:34 Alexandre Chérou, je suis né à Toulouse le 21 octobre 1989 0:39 et je suis chirurgien dentiste et également le fondateur de Doctriper. 0:44 Alors, Doctriper, qu'est-ce que c'est ? 0:46 Doctriper, c'est une solution que j'ai imaginée pour amener une visibilité positive 0:52 pour la jeune génération de professionnels de santé autour des territoires sous-dotés. 0:56 On parle beaucoup de déserts médicaux. 0:58 Aujourd'hui, l'accès aux soins, 1:00 c'est partie des éléments les plus importants pour les Français. 1:02 Et en fait, moi, j'ai été surpris et un petit peu choqué 1:05 quand j'ai voulu faire mes premiers remplacements à la sortie de mes études 1:08 de dentaire parce que j'ai voulu revenir au village. 1:10 Je suis originaire d'un tout petit village du Lot-et-Garonne et j'ai voulu revenir 1:13 au village pour faire mes premiers remplacements, amener du soin là-bas 1:17 où on était dans une zone réellement désertique au niveau dentaire. 1:20 Et en fait, je n'ai pas trouvé de poste. 1:22 J'ai cherché un petit peu partout. 1:23 La plateforme qui existait à l'époque ne proposait que des annonces au bord de la mer, 1:27 sur les côtes proches des villes universitaires, dans les zones attractives. 1:31 J'ai sollicité à l'époque des confrères qui exerçaient pas trop loin. 1:35 En fait, la plupart m'ont dit que ça fait très longtemps qu'on a lâché l'affaire, 1:39 qu'on arrête de chercher à se faire remplacer parce que dans tous les cas, 1:41 il n'y a jamais personne qui vient nous remplacer. 1:43 Donc, j'ai fait mes remplacements ailleurs. 1:44 Un petit peu déçu, un petit peu surpris. 1:46 Et c'est là où ça a commencé à germer cette idée qu'il y avait un vrai problème 1:50 parce que d'un côté, on avait des besoins, 1:53 des zones identifiées comme des déserts minicaux, mais qui ne sont pas réellement déserts. 1:56 Et à côté de ça, des collectivités territoriales qui s'empêchent à essayer 1:59 de faire venir du monde un grand renfort, d'avantages fiscaux, d'aides par-ci, par-là. 2:04 Mais finalement, que ça ne fonctionne pas parce que c'est trop engageant. 2:07 Il y a un étudiant qui viendra à la sortie de ses études, 2:10 installé de but en blanc au fin fond de je ne sais pas où, 2:12 s'il n'a pas eu la possibilité de découvrir et l'exercice local et la vie locale. 2:17 Donc voilà, ça a été un petit peu le point de départ du projet. 2:21 Dire comment est-ce qu'on amène un engagement intéressant sur des zones 2:25 qui sont intéressantes à vivre et à expérimenter. 2:28 Alors comment ça va se passer concrètement ? 2:31 Le professionnel de santé, le dentiste, le médecin, le clinique, 2:34 va proposer des annonces de remplacement, de stages, ce dont il a besoin. 2:38 Et la collectivité territoriale, des partenaires locaux qu'on va pouvoir 2:43 également solliciter, vont rajouter l'information sur le territoire, 2:47 l'attractivité, des avantages à l'accumulation du jeune qui va se projeter 2:51 pour qu'il puisse avoir accès aux infrastructures sportives, 2:54 culturelles du territoire, par exemple, pour poursuivre son activité sportive 2:57 si il en a une ou en découvrir d'autres. 2:59 Et comme ça, avoir en fait cette possibilité sur quelques jours, 3:03 une semaine de remplacement, de découvrir un cabinet, 3:06 mais également de découvrir le territoire et lever les a priori 3:09 qui pouvaient y avoir sur ces zones rurales ou urbaines sous-dotées. 3:14 Vous avez lancé Doctriper en Corrèze. 3:17 Tout d'abord, il y a eu des bons retours. 3:19 Quel était l'impact ? 3:21 En fait, quand on a démarré avec une plateforme totalement vide, 3:24 j'ai organisé une réunion avec tous les confrères du coin. 3:28 Donc à la base, c'était, on n'a créé toute une année que sur les dentistes 3:31 pour valider déjà les modèles et les procès. 3:33 Donc on a fait cette réunion de 30 années. 3:34 En été 1941, j'aurais posé la question, qui est-ce qui prend des congés à Noël ? 3:37 C'est à deux ans quasiment jour pour jour. 3:39 Et donc là, forcément, tout le monde prend des congés. 3:41 Qui c'est qui prend un remplaçant ? 3:42 Personne n'aide la main. 3:43 Ça veut dire qu'il va y avoir beaucoup de cabinets fermés, 3:46 donc il vaut mieux pas avoir mal aux dents pendant cette période-là. 3:48 Et qui est-ce qui a cherché un remplaçant ? 3:51 Personne n'allait chercher, donc on discute et puis on pose la question 3:54 de pourquoi en fait, vous cherchez pas de remplaçant ? 3:56 Et la raison, c'était que la plupart étaient convaincus 3:58 que même s'ils cherchaient, ils trouveraient pas, 4:00 parce que le territoire n'est pas assez attractif aux yeux des candidats potentiels, 4:03 parce qu'ils savent pas vraiment où chercher et comment le faire. 4:06 Et donc, ils préfèrent pas perdre de temps avec ça. 4:09 Donc, j'aurais proposé la solution, j'aurais dit peut-être, mettez vos annonces, 4:12 on va partir d'une plateforme vide, donc ça va être l'amorçage de la pompe. 4:16 Ils ont mis leurs annonces, super, je suis allé voir les collectivités 4:19 une par une pour leur expliquer ce que je suis en train de leur expliquer. 4:22 Les premières collectivités ont adhéré au concept. 4:24 On a eu donc des premières annonces qui étaient comme ça, co-créées et enrichies. 4:30 Et ensuite, on est allé avec les élus, 4:32 présenter tout ça en enchier à la fac de Bordeaux, 4:34 aux sixièmes années, qui sont les candidats potentiels. 4:36 On a eu les premiers matchs, les premières expériences. 4:39 Et puis après, petit à petit, par capillarité, 4:41 ça s'est étendu à la Nouvelle-Aquitaine, puis Nouveau-National. 4:45 Et puis aujourd'hui, on a des annonces partout en France, 4:47 métropolitaines, dans les dom-toms également. 4:50 130 collectivités territoriales qui ont adhéré au dispositif, 4:54 qu'on accompagne dans cette valorisation du territoire, 4:58 avec cette stratégie d'attractivité un petit peu nouvelle. 5:01 Et depuis le début de l'année 2025, 5:04 on adresse toutes les auxiliaires de santé, médicales, paramédicales, 5:07 animales également. 5:09 En quoi, selon vous, Doctriper change les choses, 5:12 fait bouger les lignes pour les personnes, bien sûr, qui l'utilisent ? 5:14 Et puis, à plus grande échelle, sur ces questions de déserts médicaux 5:16 ou de continuité des soins ? 5:18 L'idée, c'est qu'aujourd'hui, on crée un outil qui va être hyper flexible. 5:22 Donc, en fait, on va construire avec ceux qui ont envie de construire, déjà. 5:25 Et on va mettre cet outil à disposition d'un territoire. 5:29 Ce n'est pas moi qui vais aller dire, faites-y cette part, en fait. 5:31 Parce que les territoires, on a des territoires clignants en Bretagne, 5:34 par exemple, dans des coins où moi-même, je n'ai jamais mis des pieds. 5:37 Donc, c'est bien alarmant pour leur dire, 5:39 il faut faire tel ou tel truc pour être affectif. 5:41 Par contre, en fait, on leur donne un outil qui leur permet, derrière, 5:44 de renforcer la proximité des âmes. 5:47 Nous, on va solliciter également des acteurs locaux, privés, 5:50 des clubs sportifs, professionnels, 5:52 qui mettent à disposition des places de match, par exemple, 5:54 pour permettre et de montrer qu'il y a du sport-spectacle dans certains territoires. 5:58 On a tout un cadre de partenaires locaux, des restaurants, des spas, 6:02 des salles de fitness, qui, en fait, amènent leur petite pierre à l'édifice 6:06 parce qu'on parle de santé des habitants, 6:08 mais c'est également un lien très fort avec la santé économique d'un territoire. 6:12 Et tous ces acteurs privés savent que s'il n'y a pas de médecin, 6:15 on aura une affectivité plus difficile. 6:18 Dans des sites, des lieux qui sont très touristiques, 6:20 en fait, s'il n'y a pas de possibilité de soigner l'été, 6:23 le tourisme va également être pénalisé. 6:25 Donc, on a comme ça des partenaires qui vont enrichir également les annonces. 6:29 Et aujourd'hui, pour donner un exemple, sur Bril, 6:32 parce que c'est là où ça a commencé en Corrèze, 6:34 un étudiant qui vient faire son remplacement sur le territoire, 6:37 il va avoir un logement qui va être proposé par la collectivité locale 6:40 avec un loyer très, très préférentiel en fonction de la période, 6:45 ou alors gratuit selon certaines collectivités, ça va dépendre. 6:48 Il va pouvoir avoir un accès illimité 6:50 à toutes les infrastructures sportives, culturelles de la ville. 6:52 Il va avoir accès également à des places de match 6:55 pour aller voir le CAB jouer, qui est volé en pro D2. 6:57 Il va y avoir des places de théâtre, qu'on ait une scène nationale 7:00 s'il y a des théâtres pendant cette période qu'on présente. 7:02 Et comme ça, il a un peu le « all-in-king-leave » du territoire. 7:04 Et en fonction de ses centres d'intérêt, de son appétence, 7:07 il va pouvoir aller découvrir tel et tel truc. 7:09 Et puis, s'il n'a pas eu le temps de tout découvrir, 7:11 ce sera justement une envie de revenir pour pousser un petit peu plus l'acteur 7:14 en communier, c'est-à-dire qu'on part de quelque chose de peu engageant. 7:17 Le stage, le remplacement de quelques jours pour donner envie à ce jeune 7:20 de se dire « c'était sympa, je reviendrais bien faire un deuxième remplacement, 7:24 un troisième remplacement, et puis derrière, m'installer plus tard. » 7:27 C'est comme ça que je me suis installé dans le coin. 7:28 Et on a tout un volet également de marketing et de retour d'expérience. 7:32 On va interroger les jeunes qui viennent 7:34 pour qu'ils ne passent que des témoignages pour les autres utilisateurs. 7:38 Les jeunes qui sont encore plus jeunes, 7:40 ceux qui rentrent dans les études, pour voir leurs aînés faire 7:43 des belles expériences dans le territoire sur lequel il peut y avoir 7:46 des gros a priori ou des connues. 7:47 Et comme ça, on amène une dynamique positive 7:50 de génération en génération vers les territoires. 7:52 Un lien privilégié aussi avec les étudiants ? 7:55 L'objectif, c'était d'avoir la majorité 7:58 d'étudiants possibles sur le SYNC ou de jeunes. 8:00 Donc, on a des liens avec les universités, avec les syndicats d'étudiants. 8:04 Aujourd'hui, on a plus de 2000 étudiants inscrits sur la plateforme qu'on va 8:08 pouvoir influencer positivement vers des postes, des territoires et à qui on va 8:13 pouvoir proposer cette valeur pour les territoires, les quartiers qui en ont besoin. 8:19 Impact.info, entreprendre autrement. 8:23 Alexandre Chérou, vous êtes chirurgien dentiste et fondateur de Doctripeur. 8:27 16 ans, c'est l'agent France pour créer son entreprise. 8:29 Vous, à 16 ans, que faisiez-vous ? 8:31 À quoi vous destinez-vous ? 8:32 Est-ce que vous auriez pu imaginer 8:34 créer une solution pour mettre en relation les autres, pour aider ? 8:37 À 16 ans, j'étais au lycée. 8:39 Je m'orientais vers les études de santé. 8:42 Donc oui, forcément, cette envie d'aider, de soigner. 8:46 On essaie de soigner les territoires comme on peut soigner les êtres humains. 8:49 Je suis aussi une famille entrepreneur, 8:51 donc il y a toujours cet équilibre un petit peu présent. 8:53 J'ai grandi dans cet écosystème-là. 8:55 Mais non, à 16 ans, on est là, c'est tout jeune. 9:00 J'imagine que vous auriez aimé avoir une solution comme ça. 9:03 Quand vous avez commencé, vous en avez un petit peu parlé tout à l'heure, 9:05 mais en tout cas, vous avez créé ce que vous auriez aimé trouver. 9:08 Ouais, exactement. 9:09 En discutant avec les étudiants, c'est ce que je dis souvent, 9:11 c'est je crée aujourd'hui pour vous la solution que j'aurais aimé avoir à l'époque. 9:15 Et qui aujourd'hui me sert à titre professionnel également. 9:19 On a une super dynamique dans le cabinet. 9:21 Il y a beaucoup de cabinets dans les zones rurales qui ont peur de recruter 9:24 des collaborateurs parce qu'ils se disent, le jour où le collaborateur va partir, 9:28 toute la patientèle créée, générée, 9:31 ces personnes, il va falloir les prendre en charge. 9:33 Et si je n'arrive pas à recruter à nouveau, je vais être submergé. 9:36 Donc, nous, on a réussi à avoir cette attractivité, 9:40 cette dynamique qui nous permet d'avoir tout le temps des nouveaux collaborateurs. 9:43 On n'est plus dans cette démarche d'installez-vous, installez-vous, installez-vous. 9:46 On est à la quatrième rotation de jeunes qui viennent faire leur montée en compétence 9:50 dans le cabinet et qui restent deux ans. 9:52 D'après qu'ils vont voler leurs propres ailes ailleurs et c'est très bien. 9:55 Et la plupart s'installent finalement pas si loin que ça. 9:57 Donc, très bénéfique pour le territoire. 9:59 Nous, on est content, ça amène du soin en plus sur la structure et à nos patients. 10:04 Et voilà, et c'est bien parce que derrière, 10:06 ça montre qu'il faut passer le cap, mais bon, ça demande un investissement aussi. 10:10 On est maître de stage, on accueille des jeunes et il y a ce besoin de coopération 10:15 entre le territoire et les pros de santé parce que ça ne peut pas être porté que d'un côté. 10:18 Et derrière, c'est vrai qu'avoir l'appui du territoire en disant 10:20 ton stagiaire, quand tu as fini ta journée de formation avec lui, nous, on prend le relais. 10:25 Et puis, on va lui montrer que le coin est super sympa à vivre. 10:27 C'est toujours plus agréable et plus sympa que de bosser chacun de son côté. 10:31 Merci Alexandre Cherou, chirurgien dentiste et fondateur de Doctriper. 10:35 Vous pouvez retrouver ce podcast sur notre site impact.info. 10:40 C'était Impact.info, entreprendre autrement. 10:45 Sous-titrage ST' 501 Intégrer cette interview sur votre site
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