Nicolas Dufourcq est depuis 10 ans à la tête de la Banque Publique d'Investissement française. Mais quels sont les objectifs de cette organisation ?
A l'occasion de la pause estivale, les équipes d'impact.info vous propose de (ré) écouter l'un de nos épisodes publié cette année. Il s'agit de la mise en lumière du témoignage de Nicolas Dufourcq à la tête de BPIfrance .
Bonne écoute !
Juliette Boulegon
Journaliste impact.info
Publié le 15 août 2024
Paroles Audio en Français· Transcription générée par IA
0:00 Bonjour, c'est Juliette et Jeanne, et bienvenue dans le podcast de celles et ceux qui veulent 0:09 faire bouger les lignes au sein de leur entreprise. 0:12 La BPI, la Banque Publique d'Investissement, s'est développée il y a 10 ans pour venir 0:17 en aide aux entreprises, plus ou moins grandes, afin de rendre viable leur projet. 0:21 Nicolas Dufourque est à sa tête depuis cette décennie et revient sur les objectifs de 0:26 cette organisation. 0:27 Bonjour Nicolas Dufourque. 0:29 Bonjour. 0:30 Merci d'être avec nous. 0:31 Donc je me présente, Juliette Boulgon, je travaille pour le média Impact.info et je 0:36 suis accompagnée d'une autre journaliste. 0:39 Je m'appelle Jamie Thivier de Herzen Radio. 0:41 Quel est votre métier ? 0:43 Quel est le métier du directeur général de la Banque Publique d'Investissement ? La 0:49 BPI c'est une maison d'entrepreneurs en fait et donc on a un peu tous un métier d'éditeur, 0:55 d'entrepreneur. 0:57 Ils nous apportent leurs manuscrits, on regarde si on peut les publier, on les corrige et 1:01 ensuite on fait tout pour qu'ils aient un public aussi large que possible. 1:04 On est un peu un presario d'entrepreneur, c'est ça notre métier, avec ensuite tous 1:08 les outils qui sont le financement, le conseil d'investissement, la garantie, tout ce qui 1:15 permet d'épauler un créateur. 1:17 C'est quoi la BPI ? 1:19 La BPI c'est ça, dans les catégories habituelles on va dire que c'est une grande banque française, 1:25 une grande institution financière qui maîtrise tous les métiers d'art de la finance. 1:30 Ce sont des métiers très complexes en fait, c'est des métiers dans lesquels on devient 1:35 bon avec le temps. 1:36 C'est des gens d'expérience beaucoup et puis c'est aussi, parce que c'est pas que ça, 1:41 une maison, j'ai toujours dit une psychobanque, c'est-à-dire une maison qui traite de la 1:46 question même de la volonté de l'entrepreneur et de son désir de s'accomplir. 1:51 Donc on l'encourage. 1:52 Quantité de fois on voit des entrepreneurs, on leur dit vous pouvez faire plus, vous pouvez 1:56 faire mieux, vous pouvez faire encore plus, vous pouvez voir grand, vous pouvez le faire. 2:02 En fait on est là pour donner courage, ambition, confiance en soi et potentialiser en fait 2:11 un peu les gens. 2:12 Beaucoup de gens sont trop timides. 2:14 Comment la BPI aide les personnes handicapées à trouver un emploi ? 2:18 La réponse possible à la question, d'abord nous on recrute. 2:20 Au sein de la BPI ? 2:21 Au sein de la BPI bien sûr, bien sûr. 2:23 Il y a les handicaps visibles et les handicaps invisibles. 2:26 Évidemment 80% des handicaps sont invisibles. 2:29 Donc il y en a énormément à la BPI, naturellement. 2:32 Ensuite on fait auprès de nos entrepreneurs la promotion du sujet finalement. 2:38 Donc on en parle beaucoup, on fait des événements, on est sponsor d'événements consacrés à 2:43 la question même du handicap. 2:46 Comme on est au conseil d'administration d'à peu près 600 entreprises, on a l'occasion 2:51 600 fois par an au moins de dire que c'est un sujet important et qu'il faut s'en occuper. 2:58 Et puis enfin on finance un certain nombre de startups qui sont dans le domaine du handicap, 3:04 autour de la technologie, ça c'est sûr. 3:06 Et alors là vous nous parliez de cette volonté de pousser les entrepreneurs à monter leurs 3:12 projets, à créer leurs projets. 3:13 Comment vous accompagnez les entrepreneurs en capital ? 3:15 En capital on commence par mettre un petit peu, puis ensuite moyen, puis ensuite c'est 3:19 comme la marguerite. 3:20 En fonction des entrepreneurs, il y a des paliers ou comment est-ce que vous définissez ça ? 3:26 Bien sûr, bien sûr, mais ce n'est pas une question d'âge. 3:28 C'est une question de maturité du projet. 3:30 Donc il y a des projets où on démarre avec une première obligation convertible de 100 3:34 000 euros, puis ensuite on monte avec 500 000, puis ensuite 1 million, 1,5 million, 2 millions. 3:40 Parfois il faut des années pour lever 5 millions d'euros dans une entreprise. 3:45 Et puis parfois c'est beaucoup plus rapide. 3:48 Par exemple la semaine dernière on a validé dans un comité le fait de mettre plusieurs 3:52 dizaines de millions d'euros dans un projet développé par un garçon de 27 ans. 3:57 C'est un projet de fabrication de steaks avec goût de poulet, on va dire des steaks 4:03 de poulet, mais sans poulet. 4:05 Donc on va construire une usine, donc c'est beaucoup de capitaux ça. 4:08 Et il a 27 ans. 4:09 Et il est parfaitement entouré, il est très bon. 4:11 Justement, cette question d'être entouré, vous les accompagnez comment les entrepreneurs 4:16 fait d'un point de vue humain ? 4:18 D'abord on leur parle tout le temps. 4:20 Ils sont un peu comme un violoniste qui a un petit coup au moral, il va voir son luthier. 4:24 Il règle son violon, on en parle, il passe l'après-midi à la luterie. 4:28 Donc l'entrepreneur il fait pareil avec nous. 4:30 Ensuite on envoie des consultants. 4:31 Ensuite on a créé 150 écoles pour les entrepreneurs qu'on appelle les accélérateurs. 4:35 Donc ils viennent participer à nos écoles. 4:38 Certaines durent un an, d'autres deux ans. 4:40 C'est pas tous les jours évidemment, ils n'ont pas le temps. 4:42 Mais pendant deux ans, ils vont être dans une promo avec d'autres entrepreneurs qui 4:46 deviennent leurs amis. 4:48 Avec des groupes WhatsApp, des soirées, un petit voyage à l'étranger, et beaucoup 4:52 de conseils, beaucoup de consulting. 4:54 Et c'est ultra puissant ça. 4:56 Ultra, ultra, ultra efficace. 4:58 On les laisse pas seuls, c'est ça la guerre. 5:00 Pour l'écologie, vous faites quoi ? 5:03 Pour l'écologie, on fait beaucoup de choses. 5:06 Puisqu'on a dit qu'on était une banque du climat. 5:08 Depuis de nombreuses années, depuis une demi-douzaine d'années. 5:11 Il y a d'abord ce qu'on fait pour nous. 5:13 La manière dont fonctionne la banque, l'utilisation des lampelettes, des gobelets en carton, 5:17 des voitures électriques dans le parc, tout ça, ça va de soi. 5:20 Une banque, ça consomme pas beaucoup de carbone. 5:22 En revanche, nos clients, ça c'est énorme. 5:24 Nos clients, nous sommes les militants finalement de leur transformation. 5:28 Donc on fait un porte-à-porte de masse pour aller les voir. 5:31 Leur dire, il faut changer, il faut bouger. 5:34 Vous n'êtes pas seul, on va le faire ensemble. 5:36 Ça coûtera un peu d'argent, on va le financer. 5:39 Ça coûte de la compétence, on va vous mettre un bureau d'études, un consultant. 5:43 On va mesurer votre production de gaz à effet de serre, votre empreinte carbone. 5:49 Et puis on vous lâchera plus. 5:50 En fait, c'est ça qu'on fait. 5:52 Donc il faut retenir ça. 5:53 Porte-à-porte de masse, dans un premier temps, de 20 000 entreprises. 5:57 On doit avoir réalisé avant 2027, qui a commencé, on en a fait 2000. 6:04 Comment on change la boîte pour que ces émissions carbone soient d'abord réduites, puis annulées ? 6:10 On le sait que c'est un de vos sujets, de décarboner, mais également de réindustrialiser. 6:16 Quand on dit ça comme ça, ça paraît un peu antinomique. 6:20 Est-ce que vous pouvez nous expliquer comment on fait pour faire ces deux choses à la fois ? 6:23 On a une chance, c'est que finalement, en ayant détruit la moitié de notre industrie, 6:27 on a détruit la partie la plus polluante de l'industrie. 6:30 Maintenant qu'on reconstruit, on fait monter des usines qui sont en fait des salles blanches un peu partout, électrifiées. 6:35 L'énergie utilisée n'est pas une énergie carbonée. 6:39 Les bâtiments sont tout neufs, donc ils sont isolés. 6:42 Les produits qu'on produit sont des produits qui n'existaient pas auparavant, qui ont été éco-conçus. 6:48 Au contraire, c'est précisément parce qu'on saute une étape qu'on peut promettre que notre réindustrialisation est nativement verte. 6:57 Je vais plus loin que ça, c'est-à-dire que la BPI ne financera pas, tout court, de projets d'usines qui ne le soient pas. 7:04 Au moins, ça c'est clair. Personne ne le fera plus, d'ailleurs. 7:07 Il y a des banques qui financent encore des grands projets à l'étranger, très loin de France. 7:12 On peut rentrer dans le détail. Il y a le charbon, il y a le pétrole, il y a le gaz naturel. 7:18 Le gaz naturel est tout à fait acceptable dans la phase de transition. 7:21 De toute façon, on ne peut pas faire la transition du tissu productif occidental sans gaz nat. 7:29 Le gaz nat est incomparablement moins polluant que le pétrole et que le charbon. 7:35 Le charbon se termine et plus personne ne finance, c'est sûr. 7:38 Le pétrole, bon, il y a encore, pas du tout chez BPI France, mais quelques financements de projets très lointains 7:45 dans les grandes institutions financières françaises. 7:48 Et puis il y a le gaz nat. Et le gaz nat, c'est tout à fait légitime de le financer. 7:53 Il ne faut pas être complètement maniqué. 7:56 Est-ce que vous auriez un exemple à nous donner d'un projet qui a été le plus impactant écologiquement pour vous 8:03 et que vous avez pu réaliser ? 8:05 Il y a une grande part de marché sur le financement des énergies photovoltaïques et éoliennes en France. 8:10 On est très gros. 8:11 Donc les grands parcs que vous allez voir à Noirmoutier, Honfleur, surtout la Côte de France, à Fécamp, 8:18 sont financés par le BPI. 8:20 On finance énormément le photovoltaïque aussi. 8:22 On finance énormément la méthanisation. 8:24 On finance énormément la biomasse. 8:26 On finance énormément les batteries électriques pour le véhicule électrique produit en France. 8:32 On finance l'hydrogène beaucoup, les électrolyseurs. 8:35 Le recyclage du cuivre, très important. 8:37 Tout ça est dans les cartons de la BPI. Pas plus que dans les cartons. Dans les comptes ! 8:42 C'est un petit peu tous les projets que vous mettez en place, que vous réalisez. 8:45 J'aimerais bien entendre un exemple sur lequel je puisse concrétiser ce que vous disiez. 8:51 Celui que je peux citer, c'est l'usine que j'ai inaugurée avant-hier. 8:54 Ça s'appelle Agronutris. C'était à Retel, qui est dans les Ardennes, au nord de Reims, sur une grande friche industrielle. 9:04 On a construit une usine qui va fabriquer, qui fabrique maintenant, puisqu'elle est partie, 9:10 de l'alimentation pour fermes piscicoles à base d'insectes. 9:18 C'est la mouche soldat que nous élevons, qui produit des larves en quantité, 9:24 puisque les mouches produisent des larves à peu près tous les jours. 9:26 La durée de vie d'une mouche, c'est 15 jours. 9:28 Pendant 15 jours, elle va produire de quoi couvrir la planète entière de mouches identiques. 9:34 C'est incroyablement productif. 9:36 Et ces larves-là, on les récupère et on en fait une espèce de farine qui va alimenter les poissons. 9:43 Initialement, on les nourrit avec quoi, les poissons, pour qu'on puisse comparer ? 9:46 C'était beaucoup des farines animales. 9:48 Elles produisent beaucoup d'émissions de carbone. 9:50 Et là-dedans, nous, on a mis quand même 30 millions d'euros. 10:00 Qu'est-ce que vous souhaitiez faire à 16 ans, Nicolas Dufourcq ? 10:03 Quelle est votre ambition pour faire tout ce que vous faites aujourd'hui ? 10:08 Écoutez, s'il y a des jeunes qui m'écoutent, il faut qu'ils sachent qu'à 16 ans, on ne sait absolument pas. 10:13 Une chose fondamentale, c'est que la vie est pleine d'irrationnels. 10:17 Pleine d'imprévus, juste imprédictibles. 10:21 Donc, ne vous emmerdez pas à tenter de prédire ce que vous serez, n'est-ce pas ? 10:26 De toute façon, vous serez surpris par l'irrationnel. 10:29 Donc, laissez-vous prendre par ça, au contraire. 10:33 Tant et si bien que moi, quand j'avais 16 ans, j'avais envie de faire plein de choses totalement incompatibles les unes avec les autres. 10:40 J'avais envie de faire les beaux arts. 10:47 Et en même temps, je n'avais pas du tout envie d'être seul dans un atelier d'artiste. 10:51 J'avais envie d'être éditeur d'art, éditeur de peinture. 10:55 Et puis, c'est comme ça que c'est parti. C'est pour ça que j'ai fait une école de commerce. 10:58 Parce que je me disais quand même, éditeur, il faut savoir compter. 11:03 Comme j'étais d'une famille où on ne comptait pas grand-chose, puisque c'était des littéraires, j'ai fait une école de commerce. 11:10 C'était cette ambition-là. 11:12 Oui, tout à fait. 11:13 Puis ensuite, j'ai cherché un stage dans une imprimerie, parce que je me suis quand même éditeur, il faut savoir imprimer. 11:18 Je n'ai pas trouvé d'imprimerie qui veuille bien de moi comme stage ouvrier. 11:21 Donc, j'ai fait mon stage ouvrier dans un laboratoire pharmaceutique, je me souviens. 11:25 Puis ensuite, en deuxième année, j'ai cherché un éditeur qui vient me prendre comme stagiaire. 11:29 Et je n'en ai pas trouvé. 11:31 C'était une autre France à l'époque. 11:33 Ça n'avait rien à voir. 11:35 Et donc, du coup, j'ai fait autre chose. 11:37 Et puis, le fil en aiguille, j'ai complètement oublié que j'avais eu envie d'être éditeur. 11:43 Et vous en êtes arrivé à un moment donné. 11:49 Merci à vous. 11:50 Merci beaucoup. 11:51 Et réalisons tous nos rêves. 11:54 C'est très, très bien. Merci beaucoup. 11:56 Un grand merci à Nicolas Dufour, qui est le directeur de la BPI depuis dix ans. 12:01 Et cette interview, vous pouvez la retrouver sur notre site impact.info, 12:06 dans notre rubrique Entreprenariat, qui regroupe tous les épisodes portant sur les enjeux rencontrés par les dirigeants et dirigeantes qui veulent entreprendre autrement. 12:16 C'était Impact.info. 12:18 Entreprendre autrement. 12:23 Pour en savoir plus, visitez impact.info. Intégrer cette interview sur votre site
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