Astrid Ursem est salariée de la scierie La Scie d’Ici, une Scop, société coopérative de production, où les salariés sont les associés majoritaires, dans le Puy-de-Dôme.
A l’occasion de la pause estivale, les équipes d’impact.info vous proposent de (ré) écouter l’un de nos épisodes publiés cette année.
Il s’agit de la mise en lumière du témoignage d'Astrid Ursem , salariée de La Scie d'Ici .
Bonne écoute !
Florence Jaillet
Journaliste impact.info
Publié le 14 août 2026
Paroles Audio en Français· Transcription générée par IA
0:00 On sent que les gens qui restent, qui travaillent avec nous, 0:03 ils prennent la responsabilité. 0:05 C'est notre entreprise, à nous tous. 0:07 On n'est pas juste salariés, on en est plus. 0:15 Bonjour et bienvenue dans le podcast de celles et ceux 0:18 qui veulent faire bouger les lignes au sein de leur entreprise. 0:21 Les SCOP, Société coopérative de production, 0:24 sont des sociétés où les salariés sont les associés majoritaires. 0:28 Une organisation qui permet des engagements démocratiques, 0:30 sociaux et parfois environnementaux uniques. 0:33 Astrid Ursem. 0:35 Ursem, Astrid. 0:37 Je suis née le 21 décembre 1961. 0:42 Ici, je fais tout qui est administration, devis, comptabilité 0:46 et je travaille aussi dans la scierie. 0:49 La scie d'ici, qu'est-ce que c'est ? 0:51 La scie d'ici, c'est une scierie. 0:53 On a commencé en janvier 2022. 0:57 C'est une SCOP, donc c'est une coopérative, 1:00 une coopérative des ouvriers. 1:03 Il y avait déjà, il y avait plusieurs qui ont travaillé ensemble 1:07 sur une plateforme de bois et qui disaient, 1:09 il faut qu'on fasse une scierie nous-mêmes en SCOP. 1:13 Finalement, ça ne s'est pas fait comme ça, 1:16 mais l'un des quatre qui étaient là, 1:19 il a trouvé, donc où on est maintenant, la scierie en vente. 1:23 C'était une usine pour fabriquer des palettes surtout 1:28 et des caisses d'emballage. 1:30 Donc, lui, il a commencé ce SCOP ensemble 1:34 avec une personne de l'extérieur qui finançait 1:37 et moi qui travaillais dès le début aussi. 1:41 Et une des personnes qui était dans l'ancien projet, 1:44 il est venu comme salarié, mais il ne voulait pas s'associer. 1:47 Et il y a deux ans et demi, il est parti aussi 1:50 parce qu'il avait d'autres projets, 1:51 mais c'était pour nous aider au début. 1:53 Donc, tout ce qui était palettes et caisses et tout ça, 1:56 et le fonds de commerce pour cela s'était vendu. 1:59 Donc, on nous a laissé le terrain, le bâtiment, 2:03 une grande scie et peut-être une autre scie, 2:06 pas beaucoup de machines. 2:09 Et donc, nous, on a acheté des machines et tout ça. 2:11 On a commencé à scier de bois brut, 2:14 mais très vite, on a installé aussi un séchoir 2:17 pour faire tout l'usinage. 2:19 Et donc, on fait des parquets, des lambris, 2:22 des lames de terrasse, de volets, plein de choses comme ça. 2:27 Alors, qu'est-ce qui fait qu'un jour, 2:28 on passe de salarié à une SCOP ? 2:32 Comment on se dit, tiens, je vais le faire moi-même ? 2:36 Qu'est-ce qui ne convenait pas avant 2:37 et qu'on veut améliorer finalement ? 2:39 Le SCOP, tu partages les responsabilités, 2:41 tu partages les tâches. 2:43 C'est beaucoup plus horizontal. 2:45 Il n'y a pas vraiment un boss qui dit ce que tu dois faire, 2:48 bien qu'Éric, le gérant, qui travaillait aussi sur la plateforme, 2:52 qui a pris l'initiative, il gère. 2:55 Et si ça ne va pas, c'est lui qui parle avec les gens 2:59 si ça ne passe pas, tout ça. 3:00 Mais on est assez horizontal, 3:03 aussi en salaire assez horizontal. 3:06 Oui, on sent que les gens qui restent travailler avec nous, 3:10 ils prennent la responsabilité. 3:12 C'est notre entreprise, c'est à nous tous. 3:14 On n'est pas juste salariés, on est plus. 3:16 Est-ce qu'il y avait aussi une volonté 3:18 d'avoir des pratiques plus respectueuses de l'environnement ? 3:21 Ah oui, c'est pour ça qu'ils voulaient partir de l'autre plateforme 3:25 parce que ça commençait à être un peu compliqué là-bas. 3:28 Nous, 80% de notre bois vient de 5 km aux alentours. 3:33 C'est très, très local. 3:35 On essaie d'éviter des coupes-rage. 3:37 Ce n'est pas toujours possible, surtout pas pour le Douglas. 3:41 Beaucoup de gens veulent du Douglas, 3:42 mais ça, c'est vraiment production, bois de production. 3:45 On ne traite pas notre chaufferie, notre séchoir séchauffé avec des déchets bois. 3:53 On vend tout, tout le déchet. 3:56 Tout est utilisé, donc on n'a pas de déchets. 3:59 Et un peu plus personnel, 4:03 on a le café, les papiers, etc. en bio, écologique et tout ça. 4:08 Et ça, dès le début, c'était ça qu'on voulait. 4:11 Du coup, qu'est-ce que ça change pour les gens qui vont venir acheter chez vous ? 4:16 Comment ça va se passer ? 4:17 D'abord, on a juste une scierie qui fait aussi de l'usinage. 4:21 Ça, c'est rare. 4:22 Ça, c'est aussi une partie écologique. 4:24 On fait des feuillus. 4:25 C'est rare pour une scierie. 4:27 Et en résineux, on pousse vraiment la vente de sapins. 4:32 C'est le bois le plus abondant ici, aux alentours. 4:39 Et on fait surtout de sapins lunaires. 4:42 C'est coupé avec la bonne lune. 4:44 Ça, c'est des petites choses que normalement, on ne trouve pas dans une scierie. 4:50 Il y a des gens qui viennent ici parce que c'est juste une scierie. 4:53 Il y a des gens qui viennent ici parce que c'est une scope. 4:55 Il y a des gens qui viennent ici parce qu'il y a des jeunes, pas moi. 4:59 Et il y a des gens, beaucoup quand même, qui viennent parce qu'ils savent que notre démarche, 5:04 c'est une démarche écologique, une démarche de bois local. 5:08 Il y a de tout. 5:10 On est dans un réseau, surtout moi, j'ai un très grand réseau aux alentours. 5:16 Et donc, il y a beaucoup de gens aussi qui connaissent parce qu'ils me connaissent 5:20 ou qui nous connaissent ou par bouche à oreille. 5:25 En quoi, selon vous, cette démarche-là, elle change les choses profondément pour vous déjà 5:32 et puis pour la forêt, pour la planète ? 5:37 Pour nous, parce que je ne voudrais jamais travailler dans une entreprise normale. 5:42 Donc, pour moi, c'est un plaisir de venir travailler. 5:45 Et aussi, par exemple, ça, c'est chouette. 5:48 J'ai entendu dire que souvent, les hommes, quand ils ont des enfants, 5:53 c'est compliqué de prendre une heure parce que l'enfant est malade 5:57 ou il faut les emmener à l'école et tout. 5:59 Nous, on a... 6:00 Moi, je suis la seule femme et les autres, ils ont des enfants. 6:05 Il n'y a jamais de problème. 6:06 On sait que si quelqu'un prend un après-midi parce que l'enfant est malade, 6:11 il va travailler un autre jour. 6:13 On est presque tous en mi-temps. 6:15 Pour l'entreprise, ce n'est pas la meilleure chose, mais pour le personnel, ça, ça aide aussi. 6:21 Nous, on fait énormément d'éducation populaire. 6:24 On parle, par exemple, si les gens veulent du Douglas à l'intérieur de leur maison, 6:28 j'explique pourquoi ce sera mieux de travailler avec du sapin et pas avec le Douglas. 6:33 On travaille avec le parc. 6:34 On est dans ce parc régional, naturel, 6:37 qui ont fait aussi tout un petit livret sur pourquoi travailler plus avec le sapin. 6:42 Donc, on le distribue. 6:44 On parle aussi de lunettes. 6:46 On parle de coupe-rase, pourquoi on veut éviter cela. 6:50 Et avec le plan France Relance, 6:53 les deux, trois dernières années, il y a énormément de coupe-rase ici. 6:57 Les gens en ont vraiment marre. 6:59 Donc, quand je leur en parle, ils disent « Ah oui, mais superbe ! » 7:03 ou il y a des gens qui viennent chez nous parce qu'ils en ont marre de coupe-rase. 7:07 Ça augmente quand même un peu la sensibilité des gens autour de la gestion de forêt. 7:13 On travaille avec quelques gestionnaires qui gèrent la forêt séparément. 7:18 On travaille avec plusieurs associations qui militent pour une gestion de forêt durable. 7:25 Donc, on a fait des portes ouvertes et des journées découvertes avec eux 7:30 et avec les gestionnaires où on peut aller voir dans des forêts où on fait des coupes raisonnées 7:36 pour sensibiliser nos clients, le public. 7:40 Je pense que tout ça, ça fait faire réfléchir les gens 7:44 et aussi, on donne une possibilité aux gens d'acheter leur bois différemment. 7:49 Il n'y a presque pas de Syrie comme nous. 7:51 Je pense qu'on est trois à ce moment en France qui sont vraiment très, très locales 7:56 et qui essaient d'éviter la coupe-rase. 7:59 Donc, il n'y a presque rien, mais au moins, on est là et les gens peuvent venir localement acheter. 8:06 Impact.info, entreprendre autrement. 8:10 Astrid Ursem, vous faites partie de la Syrie La Cidici, 8:14 qui est une SCOP, une société coopérative de production. 8:17 16 ans, c'est l'âge en France pour créer son entreprise. 8:20 Vous, à 16 ans, que faisiez-vous ? 8:22 Est-ce que vous aviez envie de vous lancer dans ce type de projet ? 8:25 Dans quoi, finalement, vous aviez envie de vous lancer dans votre vie ? 8:28 Vous pensiez à quoi ? 8:29 Ce que vous faisiez quand vous aviez 16 ans ? 8:31 À 16 ans, j'étais à l'école, au lycée 8:34 et j'ai rêvé de faire du maraîchage bio. 8:36 Après, je suis allée à l'université d'agriculture, je suis agronome, 8:40 où je me suis rendu compte très vite que le maraîchage bio, 8:44 ça ne s'apprend pas à l'université. 8:46 Et finalement, je suis devenue sociologue pour le développement rural. 8:50 C'était pour des pays en voie de développement. 8:54 C'est travailler en multidisciplinaire, développer des projets de développement. 9:00 Moi, je regardais surtout l'aspect social pour que ça passe bien. 9:06 Je n'ai jamais pensé à travailler dans une scierie. 9:08 Je ne connaissais pas du tout et c'est le hasard qui m'a amenée là. 9:13 C'est surtout pour aider le scope que je suis venue pour la scierie. 9:18 J'adore travailler avec le bois. 9:20 Les premiers deux ans, je pense, j'étais surtout dans l'administration. 9:25 Là, à 16 ans déjà et encore maintenant, je ne l'ai pas accepté trop 9:31 parce qu'être une femme et être dans l'administration 9:35 et tous les hommes dans la scierie, bof. 9:37 Depuis un an, plus ou moins, je travaille de plus en plus aussi dans la scierie. 9:41 Bien sûr, je dois travailler à ce côté pour faire le travail, 9:44 mais comme les premiers deux ans, c'est aussi pour mettre en place tout le système 9:50 et on est un peu plus rodés, donc c'est un peu plus de temps aussi. 9:53 Et j'adore être à l'autre côté et j'adore quand les clients disent 9:57 « Ah, mais vous travaillez aussi là ? » 9:59 « Ah, je ne pensais pas et tout ça. » 10:00 Et je dis « Oui, bien sûr. » 10:01 Ça, c'est mon côté féministe que j'avais déjà à 16 ans et qui est remonté. 10:07 Je suis totalement acceptée à l'autre côté aussi. 10:10 Pas de rapport aux 16 ans, je voudrais toujours être dans la nature. 10:13 Je voudrais toujours être dans l'écologie. 10:16 Ça, je pense que j'y suis toujours 10:19 et j'ai fait plein de choses aux alentours, 10:21 mais entre-temps, bien que je n'aie pas pensé au bois, je suis bien où je suis. 10:27 Merci à Astrid Ursem de la scierie LACIDICI, 10:31 qui est une SCOP, Société coopérative de production. 10:34 Vous pouvez retrouver ce podcast sur notre site impact.info. 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