Jérôme Stioui et sa femme Emmanuelle Stioui ont créés “Le village des enfants extraordinaires” à Saint-Maur-des-Fossés dans le Val-de-Marne. Un espace réservé aux enfants et adolescents porteurs d’un handicap mental, mais aussi aux familles afin de les aider à sortir de l’isolement.
A l'occasion de la pause estivale, les équipes d'impact.info vous propose de (ré) écouter l'un de nos épisodes publié cette année. Il s'agit de la mise en lumière de l'association "Le villages des enfants extraordinaires" créée par Jérôme Stioui .
Bonne écoute !
Juliette Boulegon
Journaliste impact.info
Publié le 8 août 2024
Paroles Audio en Français· Transcription générée par IA
0:00 Bonjour, c'est Juliette et bienvenue dans le podcast de celles et ceux qui veulent faire 0:09 bouger les lignes au sein de leur entreprise. 0:11 Aujourd'hui en France, seuls 20% des enfants en situation de handicap ont accès à la 0:15 scolarité, ce qui crée indéniablement de l'isolement pour l'enfant, mais aussi pour 0:20 les familles. 0:21 Alors Jérôme Stiwi et sa compagne Emmanuelle Stiwi ont créé l'extraordinaire pour offrir 0:26 à ses familles des moments ordinaires plus que nécessaires. 0:30 Je m'appelle Jérôme Stiwi, j'ai 47 ans, je suis né à Paris et je suis actuellement 0:37 co-fondateur de l'association à but non lucratif Le Village des Enfants Extraordinaires 0:42 et Operating Partner au sein du fonds de Capital Risk Serena. 0:46 Alors on va d'abord commencer par se concentrer sur le Village des Enfants Extraordinaires, 0:52 est-ce que vous pouvez nous en parler ? Bien sûr, le Village des Enfants Extraordinaires, 0:55 c'est un lieu unique au monde qui a une certaine part de magie et qui est dédié aux enfants 1:01 et adolescents porteurs d'un handicap mental important et qui leur permet de venir apprendre 1:08 en s'amusant. 1:09 C'est un lieu ludo-éducatif où on développe des apprentissages avec des accompagnements 1:14 par des arts thérapeutes et des professionnels autour de la danse, autour de la musique, 1:19 autour du théâtre, autour des sports, du cirque, et permettre de les sortir de leur 1:23 isolement ainsi que sortir les familles de leur isolement. 1:27 Quand vous dites que c'est un lieu unique presque au monde, c'est parce que c'est 1:31 difficile aujourd'hui de développer des endroits adaptés aux enfants porteurs d'un 1:36 handicap ? On a constaté avec ma femme qui est co-fondatrice, 1:39 on est nous-mêmes parents d'une fille polyhandicapée qui a maintenant 18 ans. 1:42 Dans le monde du handicap, les lieux étaient souvent assez austères et on trouvait ça 1:47 dommage parce que ce qu'on a pu expérimenter avec notre fille, c'est qu'à partir du 1:51 moment où vous trouvez un vecteur qui plaît à votre enfant différent, vous allez être 1:55 en capacité de l'allumer et de lui permettre d'apprendre de manière sans même s'en 2:01 rendre compte. 2:02 On voulait un lieu déjà qui soit extraordinaire dans sa forme. 2:06 Pour cela, on a fait appel à des designers qui travaillent pour Disney, le Puy-du-Fou. 2:11 On a pensé chaque salle avant tout pour ces enfants différents. 2:14 En France, on estime qu'il y a entre 100 000 et 300 000 enfants ou adolescents qui 2:20 sont en situation de handicap qui ne peuvent pas aller à l'école parce qu'ils ne sont 2:24 pas acceptés à l'école. 2:26 Ils ont vraiment un handicap trop important. 2:28 Ils sont renvoyés vers des instituts spécialisés et pour autant, il n'y a pas de place. 2:34 Il y a des délais d'attente de 3 à 4 ans et donc, ils se retrouvent chez eux, entre 2:38 4 murs avec leurs parents. 2:39 On leur donne une solution pour pouvoir, de manière ponctuelle, sur une demi-journée 2:44 toutes les semaines, avoir un lieu où aller qui leur soit complètement adapté et qui 2:49 leur permette de sortir de leur isolement. 2:50 À quel point est-ce que cela peut être déterminant de créer des lieux comme ça 2:54 aujourd'hui pour notre société ? 2:55 Aujourd'hui, il y a une politique du tout inclusif. 2:58 Cela veut dire qu'on ne veut plus ouvrir d'instituts spécialisés et la politique, 3:02 c'est d'intégrer ces enfants, les enfants différents, dans l'école ordinaire. 3:04 Je suis très favorable à ça, je trouve ça très bien, mais il y a quand même des limites. 3:07 C'est-à-dire que quand vous avez des enfants qui ont un handicap tellement important, notamment 3:11 au niveau du développement intellectuel, vous vous rendez compte que l'inclusion, 3:14 cela ne peut pas marcher parce que l'école ne peut pas accueillir ses enfants. 3:18 Elle va leur donner au mieux une demi-journée par semaine avec une AESH, ils vont être 3:23 à part, ils vont déranger la professeure et la classe et l'enfant va être malheureux. 3:29 En fait, c'est perdant-perdant. 3:30 Ma conviction, c'est qu'on ne peut pas avoir que de l'inclusion dans les structures 3:35 ordinaires, on a aussi besoin de structures qui soient adaptées. 3:39 Les deux doivent cohabiter, mais ces structures adaptées ne doivent pas être cachées, comme 3:43 ça a été longtemps le cas au milieu de la campagne. 3:47 Non, elles doivent avoir pignon sur rue, au milieu de la ville, elles doivent être 3:50 ouvertes à tous. 3:51 À ce jour, le Village des Enfants Extraordinaires, c'est une association. 3:55 Est-ce que vous avez pensé à développer ce projet sous forme d'entreprise sociale ? 4:00 On a certains de nos mécènes qui nous avaient effectivement challengé, posé la question 4:04 « pourquoi vous ne le feriez pas en tant qu'entreprise ? ». 4:06 Moi, j'ai un parcours d'entrepreneur, j'ai créé pendant 20 ans trois startups. 4:11 La problématique, quand vous créez une entreprise et que vous allez chercher des investisseurs, 4:15 c'est que même si vous avez des investisseurs qui sont des fonds à impact, à un moment 4:17 donné, vous avez une problématique qui est de leur rendre leur argent, d'une manière 4:21 ou d'une autre, qu'on le veuille ou non. 4:23 Un investissement en capital sur des fonds dits à impact, qui veulent aider à changer 4:29 entre guillemets le monde, il va quand même, même si les retours sur investissement attendus 4:32 sont très faibles, voire nuls, ils veulent au moins récupérer leur mise. 4:36 Or, nous, avec ma femme Emmanuelle, on avait vraiment une envie d'avoir un projet sur 4:41 un environnement et un horizon très long terme. 4:43 Déjà, entre le moment où on a eu l'idée et le moment où on l'a ouvert, il y a eu 4:46 quatre ans, on avait besoin d'investissements assez importants, puisque rien que pour ouvrir 4:49 le lieu, on avait besoin de 3,5 millions d'euros juste pour les travaux. 4:52 Et donc, on avait envie dans cette philosophie de se dire qu'on ne va pas être dans une 4:55 logique de retour sur investissement. 4:56 Notre projet, il n'a pas vocation à gagner de l'argent. 5:00 Notre critère de performance, c'est d'aider un maximum de familles. 5:04 Ce que l'on veut et ce qu'on promet à nos donateurs et nos mécènes et à nos fondations, 5:08 c'est que l'argent qui va être donné va être utilisé directement avec le moins 5:12 de frottement possible pour aller aider les familles qui sont exclues de la société 5:18 et qui ont un enfant qui est complètement sans solution de scolarisation. 5:22 Et alors, je peux me tromper, mais en tout cas, dans notre cas, on pensait que le format 5:25 associatif était le plus adapté. 5:27 Et après six ans, je dois dire qu'on est plutôt content d'avoir fait ce choix. 5:31 Vous êtes aussi par ailleurs entrepreneur, vous nous l'avez plus ou moins exprimé. 5:35 Est-ce que rapidement, vous pouvez nous expliquer votre autre mission en tant que chef d'entreprise ? 5:41 J'ai en fait créé, avant de créer le village, trois start-up qu'aujourd'hui je ne dirige 5:48 plus et qui ont une vie après moi, plutôt dans le domaine des nouvelles technologies 5:53 et dans le domaine du marketing et de la data. 5:56 Et aujourd'hui, en parallèle de mes fonctions bénévoles, je suis également operating 6:00 partner au sein d'un fonds d'investissement. 6:02 Et mon rôle est d'aider des entrepreneurs qui, eux-mêmes, créent pour le coup des 6:07 sociétés qui peuvent ou pas être à impact. 6:09 Notre mission, c'est vraiment d'aider des entrepreneurs qui veulent un peu changer le 6:13 monde et le rendre meilleur. 6:14 Mais on est sur des formats, comme je le disais, de sociétés et qui ont à un moment une 6:17 vocation à devoir se vendre ou s'introduire en bourse, etc. 6:22 Est-ce que tout au long de votre longue carrière, vous avez souhaité, vous aussi, avoir des 6:29 actions impactantes pour l'insertion de salariés en situation de handicap ? 6:33 Alors, là où c'est mélangé, c'est aujourd'hui au sein de mon expérience au sein de Serena, 6:37 où on a vraiment une politique très active au niveau de la diversité. 6:41 On a été assez moteur dans la mise en place d'une charte au sein des fonds de capital 6:45 risque pour promouvoir la diversité au sens large. 6:48 Ça inclut le handicap, mais pas que. 6:49 Déjà, le premier point, c'est d'en faire prendre conscience. 6:52 On demande à nos entrepreneurs de bien mesurer, par exemple, la répartition de leurs effectifs, 6:56 de s'assurer que dans leur process de recrutement, ils intègrent bien les critères de diversité, 6:59 au sens large. 7:00 On utilise un outil qui s'appelle la fresque de la diversité, qui reprend un peu le schéma 7:04 de la fresque du climat. 7:05 Du coup, ils sortent de là en ayant une conscience des enjeux beaucoup plus importante et plus 7:09 large avec la volonté d'agir. 7:10 Et après, on a une équipe de recrutement qui peut les aider, quand ils ne savent pas 7:14 trop comment s'y prendre, à trouver des nouvelles sources de candidats qui peuvent être plus 7:18 diverses. 7:19 Et donc, le handicap en fait partie, effectivement. 7:21 L'idée de notre média Impact.info, c'est de donner la parole à celles et ceux qui font 7:25 bouger les lignes. 7:26 C'est notre slogan. 7:27 Selon vous, en quoi vos actions peuvent faire bouger les lignes ? 7:32 Déjà, le fait de réouvrir des structures qui soient adaptées, je pense que c'est déjà 7:37 un message qui est important. 7:39 Le deuxième point, c'est promouvoir l'inclusion qu'on appelle inversée, c'est-à-dire qu'au 7:45 lieu de partir des enfants ordinaires et de dire les enfants extraordinaires doivent rentrer 7:49 dans le moule qui a été pensé et prévu pour les enfants ordinaires, l'école a été 7:53 pensée pour des enfants ordinaires, on essaye de faire rentrer des enfants extraordinaires 7:57 dans ce moule-là, avec des adaptations, avec des classes ad hoc, etc., mais il n'empêche 8:02 que la base de démarrage, c'était pensée pour des enfants ordinaires. 8:06 Nous, on pense qu'il y a besoin, et on le démontre avec le village, d'avoir une base 8:11 qui est d'abord pensée pour les enfants extraordinaires. 8:13 Ce qui vraiment nous rend remplis de bonheur, c'est de voir que les familles qui se sont 8:17 abonnées au village, elles viennent avec la banane et quand on est fermé, comme ça a 8:22 été le cas entre Noël et le jour de l'an, on reçoit des messages pour savoir quand 8:25 est-ce qu'on va réouvrir, pour vous dire à quel point il manque de structure, on a 8:28 une famille qui est venue de Normandie pendant les vacances, qui a loué un Airbnb pendant 8:32 une semaine pour que leur enfant puisse avoir un stage de danse pendant une semaine. 8:36 Ça, ça nous remplit de bonheur et c'est ça nos critères de mesure d'impact. 8:40 Bien sûr, on fait un NPS auprès des familles, il est assez incroyable sur nos 60 familles 8:44 qui sont abonnées aujourd'hui, moi je n'ai jamais vu ça dans le business, on a des NPS 8:48 de l'ordre de 90, ça veut dire qu'on a une note moyenne qui est supérieure à 9, 8:53 on a 400 familles qui sont en attente et malheureusement aujourd'hui, on ne peut pas 8:56 toutes les accueillir parce qu'on a besoin de bourses, le coût réel d'accueillir une 9:02 famille, c'est à peu près 6 000 euros par an et le prix moyen que les familles payent 9:07 est à peu près de 400 euros. 9:08 Donc, on a aussi une mission sociale qui consiste à trouver des bourses, le prix moyen dépend 9:13 des revenus, bien sûr on l'adapte, mais même dans les familles les plus aisées, ils vont 9:17 avoir un prix qui est au maximum de 800 euros, donc on finance une grosse partie de l'abonnement, 9:22 on ne peut pas dire oui, malheureusement aujourd'hui à toutes les familles qui frappent à la porte, 9:26 on les accueille progressivement, mais voilà, on sent bien qu'on répond à un vrai besoin 9:30 et à une vraie attente. 9:36 Pour conclure cette interview, vous venez de nous parler un peu d'une partie de toutes 9:40 vos actions. 9:41 Est-ce que le Jérôme de 16 ans rêvait de faire tout ce que vous avez fait et ce que 9:46 vous faites encore aujourd'hui ? 9:48 Le Jérôme de 16 ans ne savait pas exactement ce qu'il avait envie de faire, mais il avait 9:54 une passion quand même pour créer. 9:56 J'adorais fabriquer des choses à partir de rien. 9:58 Petite anecdote, c'est quand j'avais de 10 ans à 15 ans, je passais tous mes étés 10:03 à la campagne dans un domaine où on ne se déplaçait qu'à vélo et effectivement, 10:07 tout le monde avait des problèmes avec ses vélos, ils crèvent, ils déraillent, etc. 10:11 Il n'y avait pas de réparateur de vélo, donc j'ai commencé à apprendre à réparer 10:14 les vélos et puis progressivement, j'ai ouvert un petit réparateur, un petit garage 10:17 de vélo dans le domaine, sans le vouloir, entre guillemets. 10:20 Je pense que ce côté répondre à un problème, ça a toujours fait partie de mon ADN. 10:25 Je n'étais pas complètement conscient que je voulais devenir entrepreneur, mais j'aimais 10:28 bien faire ça. 10:29 Merci à Jérôme Stiwi, qui est entrepreneur et créateur du Village Extraordinaire, un 10:35 lieu d'accueil pour les enfants en situation de handicap, mais pas que. 10:39 Et cette interview, vous pourrez bien entendu la retrouver sur notre site impact.info, rubrique 10:44 handicap, qui regroupe tous les épisodes portant sur les bonnes pratiques en faveur 10:49 des personnes en situation de handicap. Intégrer cette interview sur votre site
Affichez ce lecteur directement sur votre site pour partager l'interview avec votre audience.
Copier le code d'intégration Voir le code généré
Collez ce code dans un bloc HTML/code de votre site : « HTML personnalisé » sur WordPress, « Intégrer du code » sur Wix, bloc « Code » sur Squarespace.