Aurélie Leclercq est la cofondatrice de Robin des Moulins, une entreprise de l'économie sociale et solidaire dans l’Oise, qui accueille des séminaires d’entreprise au vert, et redistribue ainsi les richesses à son territoire.
A l’occasion de la pause estivale, les équipes d’impact.info vous proposent de (ré) écouter l’un de nos épisodes publiés cette année.
Il s’agit de la mise en lumière du témoignage d'Aurélie Leclercq , cofondatrice de Robin des Moulins .
Bonne écoute !
Florence Jaillet
Journaliste impact.info
Publié le 28 août 2026
Paroles Audio en Français· Transcription générée par IA
0:00 Et si les séminaires d'entreprise pouvaient servir à la fois à éveiller les consciences écologiques, 0:05 mais aussi à redistribuer les richesses aux territoires qui en ont le plus besoin ? 0:10 Une idée qui a fait son chemin et qui fonctionne dans l'Oise. 0:13 Le but c'était aussi de retisser des liens comme si on était dans une maison de vacances de famille, 0:17 et casser un peu les codes corporate. 0:19 Et surtout, c'est parler des sujets qui sont difficiles à traiter, 0:22 comme tous les sujets de transition. 0:23 Donc prendre du recul, voir un peu plus loin qu'un horizon court-termiste, 3-6 mois. 0:29 Enfin, on est dans un lieu qui a 200 ans. 0:35 Dans le podcast de celles et ceux qui veulent faire bouger les lignes au sein de leur entreprise, 0:40 on vous parle aujourd'hui de cet acteur de l'économie, social et solidaire, 0:45 qui souhaite nous faire repenser notre rapport au monde 0:48 pour contribuer positivement aux enjeux sociaux et écologiques, Aurélie Leclerc. 0:53 Je m'appelle Aurélie Leclerc, je suis née à Saint-Lys, dans l'Oise. 0:57 L'année de naissance, c'est le 19 octobre 1984. 0:59 Et ma fonction, je suis co-fondatrice de Robin des Moulins, 1:02 dont on va parler. 1:03 Robin des Moulins, qu'est-ce que c'est ? 1:05 Et puis, qu'est-ce qui vous a inspiré ce nom, finalement, d'où c'est venu ? 1:07 Alors, Robin des Moulins, c'est une entreprise de l'économie sociale et solidaire 1:11 qu'on a montée avec mon conjoint à partir un peu d'un rêve, en fait. 1:16 Celui de restaurer un ancien moulin. 1:18 Non seulement pour y vivre, on habite sur place, 1:20 mais aussi pour en faire un lieu qui soit utile aux habitants 1:24 et, on va dire, à la planète, au sens très large. 1:26 L'idée, c'est vraiment de, comme Robin des Bois, 1:29 d'être un lieu qui soit généreux, qui soit utile à son territoire. 1:35 Et puis, alors, on n'a pas vraiment la dimension de prendre aux riches 1:40 pour redonner aux pauvres. 1:41 Enfin, on n'a pas ce problème de voler dans Robin des Bois, 1:44 mais il y a quand même une idée de redistribution de la richesse sur les territoires, 1:48 puisque nous, notre modèle économique, c'est d'accueillir des séminaires, 1:51 donc au vert, à la campagne. 1:53 Et en fait, comme on est à 45 minutes de Paris en train, 1:56 on accueille principalement des entreprises parisiennes ou franciliennes. 2:00 Sachant que nous, on est situé dans l'Oise, 2:02 moins bien doté, on va dire, que l'île de France et la Proche-Coronne. 2:05 L'idée, c'est quand même de redistribuer l'argent, 2:08 puisque la valeur des entreprises qui viennent, 2:10 qu'elles rediffusent dans notre territoire. 2:12 Qu'est-ce qu'elles viennent chercher chez vous, les entreprises ? 2:15 Alors, déjà, elles viennent chercher un lieu au calme, ouvert, facile d'accès. 2:21 C'est quand même un des points clés, 2:22 parce que vraiment, on est à 10 minutes à pied de la gare. 2:24 Ça fait partie aussi de nos valeurs. 2:26 Enfin, on essaie d'être un lieu engagé où on peut faire des choses bas carbone. 2:31 Donc, le fait d'avoir un accès en train, pour nous, c'était vraiment clé. 2:33 Elles viennent aussi chercher le côté comme à la maison, 2:35 puisque nous, on n'est pas un lieu énorme, en fait. 2:37 Alors, le moulin, ça fait à peu près 400 mètres carrés, 2:40 mais c'est vraiment un format maison. 2:41 Et donc, le but, c'était aussi de requisser des liens 2:44 comme si on était dans une maison de vacances, de famille, 2:46 et casser un peu les codes corporate, 2:48 qui sont un peu le standard encore du séminaire. 2:50 Comme ça, pendant une journée, deux journées. 2:52 Et surtout, c'est parler des sujets qui sont difficiles à traiter, 2:55 comme tous les sujets de transition. 2:57 Donc, prendre du recul, 2:58 voir un peu plus loin qu'un horizon court-termiste, 3, 6 mois. 3:02 Enfin, on est dans un lieu qui a 200 ans, 3:03 donc qui invite vraiment à prendre du recul. 3:05 On est entouré de nature, donc pareil. 3:07 Enfin, en fait, on n'est pas seul. 3:09 Enfin, je ne sais pas si vous entendez, derrière moi, il y a un piégeon qui recule. 3:12 Il y a des arbres partout. 3:14 Vraiment, le lieu, il est invitant pour réfléchir à son impact et à sa trajectoire. 3:20 Et essayer de faire en sorte qu'elle ait plus de sens, 3:22 qu'elle soit plus utile aux vivants et à la planète. 3:25 Comment on travaille quand on est dans la nature ? 3:27 Qu'est-ce qui change ? 3:28 Qu'est-ce qui change dans l'acquisition des compétences, dans le corps, dans l'esprit ? 3:32 Je pense qu'il faudrait qu'on fasse carrément une thèse. 3:34 Ça serait un de mes rêves, en fait, d'avoir un thésard en chiffres, 3:37 qu'on puisse accueillir ici et qu'il puisse documenter tout ce qui se passe. 3:41 Parce qu'effectivement, moi, je n'ai pas les compétences scientifiques 3:44 pour dire exactement qu'est-ce qui se passe d'un point de vue scientifique dans l'expérience. 3:48 Après, de façon plus empirique, j'ai noté pas mal de choses. 3:51 Enfin, moi, parce que ça fait à peu près deux ans maintenant qu'on opère ce lieu. 3:55 Déjà, c'est un lieu qui rappelle les souvenirs. 3:57 Parce que comme c'est une maison qui est ancienne et qu'on a chiné tout le mobilier, 4:01 en fait, les gens, ils ont l'impression de retourner chez leurs grands-parents. 4:03 Et donc, tout de suite, il y a cette espèce d'atmosphère de 4:05 « Ah bah oui, je me rappelle quand j'étais sous mes grands-parents. » 4:07 Et souvent, les grands-parents, c'est quand même eux qui font le lien avec la nature. 4:11 Et donc, il y a cette dimension-là, à la fois très affective 4:14 et très tournée vers des souvenirs positifs, en fait. 4:18 Donc, ça, c'est quelque chose qui se passe par le lieu, par la maison, 4:21 par les odeurs et par les objets. 4:23 Un détail tout bête, mais en fait, on a chiné toutes les mugs. 4:26 Donc, en général, les gens arrivent le matin, ils prennent un petit café. 4:29 Une chicorée que je propose toujours pour avoir une alternative plus écologique au café. 4:34 Et on a des tasses avec des petites fleurs myosotis arcopales, des motifs rétros. 4:40 Et donc, souvent, les gens vont vers le motif que leurs grands-parents avaient. 4:43 Et ça, ça crée vraiment tout de suite une autre ambiance que ce qu'on a au bureau, en fait. 4:48 Après, le fait d'être dans la nature, c'est sûr, ça change aussi beaucoup de choses. 4:52 Il y a le bruit du vent dans les feuilles. 4:55 Ici, comme on est dans un moulin, c'est un moulin à eau, donc il y a des ruisseaux. 4:58 Donc, on abrite le bruit de l'eau. 5:01 Et puis, on a les oiseaux. 5:02 Donc, vraiment, ça invite à la fois à déconnecter. 5:06 Et en même temps, je pense qu'il y a un sentiment de détente qui se fait 5:10 et qui, du coup, est propice à la fois à resserrer les liens dans l'équipe 5:15 et aussi à aborder ces sujets d'impact, 5:17 surtout quand ça tient déjà à cœur aux personnes. 5:19 Mais c'est le cas, en général, quand ils viennent ici. 5:21 Il y a au moins une personne qui a envie de pousser ces sujets-là dans la boîte. 5:26 Et c'est la personne qui nous contacte et qui veut amener ses collègues. 5:29 Donc, on a plusieurs types d'activités. 5:31 On fait aussi des formations. 5:32 On a deux modules de formation, une sur le carbone et le climat 5:37 et une sur le vivant et la biodiversité. 5:39 Et ça, c'est des choses qu'on propose aussi en plus aux entreprises qui nous rendent visite. 5:43 Sur les formats un peu plus out-working, c'est quelque chose qu'on a inventé. 5:46 Sur le modèle de co-working, venir travailler au verre dehors. 5:50 Et régulièrement, en fait, quand on n'a pas de groupe en séminaire, 5:54 moi, j'ouvre les portes du moulin et j'invite qui veut à venir. 5:57 Soit des Parisiens qui ont un bon besoin de nature et qui sont un peu privés 6:01 et qui viennent, voilà, en 40 minutes de train, ils sont ici, 6:04 ils passent la journée ici et c'est gratuit. 6:06 Soit des entrepreneurs locaux. 6:08 Nous, on est sur un territoire où il n'y a pas beaucoup de co-working 6:10 parce qu'on est plutôt dans un territoire rural. 6:13 Et il y a beaucoup d'entrepreneurs qui travaillent depuis chez eux, en fait, 6:15 dans leur salon, donc il y a quand même une forme de solitude. 6:17 Et donc, régulièrement, on ouvre quand on peut, gratuitement, 6:21 pour que les gens se retrouvent, travaillent autrement. 6:24 Alors, ce n'est pas les journées où on fait le plus de travail de fond. 6:26 On ne vient pas pour ça. 6:27 On vient aussi pour se ressourcer, se nourrir avec d'autres points de vue, 6:31 voilà, se rencontrer des gens qui partagent en général des valeurs 6:34 puisqu'on a quand même un lien engagé dans sa voix, en fait. 6:37 Souvent, on attire des gens qui nous ressemblent. 6:38 Et la troisième chose qu'on fait ici, en termes de public, 6:42 donc on veut vraiment que le lieu soit utile aux habitants. 6:44 On n'a pas officiellement un statut de tiers lieu 6:46 parce qu'on n'a pas forcément de café ici. 6:48 Enfin, ce n'est pas comme ça qu'on fonctionne. 6:49 Mais par contre, on essaye de travailler main dans la main 6:52 avec les associations du territoire pour créer des événements qui ont du sens. 6:56 Plutôt toujours en petit comité. 6:57 Nous, ici, on a une capacité, on ne peut pas accueillir plus de 50 personnes. 6:59 Donc, petit comité, mais créer la rencontre. 7:02 Essayer d'inspirer sur des sujets écologiques au sens large, 7:05 mais sans braquer et sans utiliser ces termes. 7:07 On est vraiment dans un petit village où l'écologie, 7:10 ce n'est pas des trucs qui passent, en fait. 7:12 Nous, si on veut atteindre la population, 7:14 il faut qu'on passe par des intermédiaires. 7:16 On fait un Repair Café. 7:17 Ça, typiquement, c'est le genre de choses que j'adore accueillir ici 7:19 parce que c'est un projet qui est évidemment écologique 7:22 parce qu'en fait, un Repair Café, 7:23 on vient pour réparer plutôt que de jeter ou de racheter. 7:26 En plus, c'est de la transmission 7:28 puisqu'il y a des bénévoles réparateurs 7:30 qui viennent apprendre comment faire aux gens qui ont des objets à réparer. 7:34 Et puis, ça crée du lien. 7:36 Mais on joue aussi sur le pouvoir d'achat. 7:37 Et on ne parle pas d'écologie, en fait. 7:38 On parle de réparer, d'obsolescence, etc. 7:40 Mais ce n'est pas ça, le cœur du sujet. 7:42 Le sujet, c'est de passer du temps ensemble, apprendre à réparer. 7:45 Le deuxième exemple, 7:47 on a accueilli une association qui apprend à des jeunes ou des adultes à compter. 7:53 Donc, moi, j'ai un peu découvert ce que c'était le compte. 7:55 Je pensais qu'elles allaient venir avec des livres à lire. 7:58 En fait, pas du tout. 7:58 C'est vraiment d'apprendre une histoire et de pouvoir la raconter à l'oral. 8:02 C'est différent du théâtre puisque dans le théâtre, 8:04 on est plusieurs et on peut se donner la réplique. 8:05 Là, c'est vraiment les personnes seules qui vont raconter l'histoire et garder leur fil. 8:09 C'était impressionnant de voir des enfants faire ça. 8:11 Les plus jeunes avaient 8 ans. 8:12 Et ça, j'étais très contente parce qu'en fait, 8:14 c'est une personne qui est récemment à la retraite dans le village 8:17 qui gère cet atelier de compte 8:18 et qui m'a demandé si elle pouvait faire leur institution ici, 8:20 dans notre salle de séminaire. 8:22 Donc, le matin même, on avait encore un groupe qui était en séminaire, 8:25 qui travaillait. 8:25 Donc, c'était table de travail, un écran, des post-it partout, des paperboards. 8:31 Et puis, en une heure, on a tout rangé. 8:33 Et mis plein de chaises pour accueillir le public et ses comptes aux hommes. 8:37 Donc, c'est vraiment ça qu'on a envie de faire en fait ici. 8:39 C'est que ce soit un lieu qui soit vivant, 8:41 qui trouve son modèle économique 8:42 parce que ça, c'est quand même quelque chose de clé. 8:44 Nous, on n'est pas une association. 8:45 On est une entreprise de l'économie sociale et solidaire 8:47 et on n'a aucune subvention. 8:48 Voilà, si on n'a pas un modèle économique qui tient la route, 8:50 on ne peut rien faire. 8:51 Donc, c'est pour ça qu'à chaque fois, 8:52 je remercie toujours les entreprises qui viennent en séminaire 8:55 parce que c'est grâce à elles qu'on peut faire, 8:57 à la fois préserver ce lieu 8:58 et puis lui trouver une utilité sur le territoire. 9:03 Répondre à des besoins des associations 9:05 qui viennent nous solliciter pour faire une restitution de comptes. 9:09 J'ai une association aussi de couture 9:10 qui m'a proposé de faire un vide-dressing 9:12 avec des ateliers de réparation. 9:14 Enfin, voilà, on essaie d'être un lieu qui vit au service du territoire. 9:22 Aurélie Leclerc, vous êtes cofondatrice de Robin des Moulins dans l'Oise. 9:26 16 ans, c'est l'agent France pour créer son entreprise. 9:28 Alors, je vous le demande, vous à 16 ans, 9:29 est-ce que vous aviez déjà pensé créer une entreprise ? 9:32 Que faisiez-vous ? 9:33 À quoi vous destinez-vous ? 9:35 À 16 ans, alors, j'étais à Amiens. 9:37 Moi, j'ai eu beaucoup de mal à savoir ce que je voulais faire, 9:39 en fait, globalement. 9:40 Il y a toujours eu beaucoup de choses qui m'intéressaient 9:43 et je pense qu'à l'époque, ça n'existait pas ce terme, 9:45 mais je rêvais d'être slasheuse, en vérité. 9:48 Mais ça n'existait pas. 9:49 C'est quand même quelque chose qui est assez récent. 9:51 Je n'aurais jamais pu imaginer faire ça, de toute façon, je pense que ça... 9:53 Là, aujourd'hui, moi, j'ai créé mon métier sur mesure, en fait. 9:56 Je m'occupe à la fois des séminaires, d'à peu près tout, en fait. 9:59 Je suis la seule salariée de l'entreprise. 10:02 Donc non, je n'aurais jamais imaginé faire ça. 10:04 Je rêvais d'être à la fois journaliste, de travailler dans la mode. 10:07 Vraiment, j'étais très loin d'imaginer un jour reprendre un moulin 10:11 dans le département où je suis née, en plus, 10:13 où mes parents ne vivent plus, où je n'ai plus de tâches familiales. 10:16 Et monter un projet comme ça, 10:18 je ne viens pas du tout d'un monde entrepreneurial. 10:21 Je n'ai pas du tout d'entrepreneur dans ma famille, 10:22 donc je pense que c'était très, très, très loin de moi. 10:24 Mais avec le recul, 10:26 j'ai un peu l'impression que tout s'est aligné plutôt de la bonne façon. 10:30 Merci à Aurélie Leclerc, cofondatrice de Robin des Moulins dans l'Oise. 10:34 Vous pouvez retrouver ce podcast sur notre site impact.info. 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