Charlotte Meyrueis est directrice de Cœur de Forêt, association de préservation des forêts en France et à l'international.
A l’occasion de la pause estivale, les équipes d’impact.info vous proposent de (ré) écouter l’un de nos épisodes publiés cette année.
Il s’agit de la mise en lumière du témoignage de Charlotte Meyrueis , directrice de Cœur de Forêt .
Bonne écoute !
Florence Jaillet
Journaliste impact.info
Publié le 13 août 2026
Paroles Audio en Français· Transcription générée par IA
0:00 Bonjour et bienvenue dans le podcast de celles et ceux qui veulent faire bouger les lignes 0:10 au sein de leur entreprise. 0:11 Nos forêts sont précieuses, elles sont un refuge de biodiversité, elles sont pourvoyeuses 0:17 de ressources. 0:18 Leur préservation, leur résilience est aussi la nôtre Charlotte Méruès. 0:23 Charlotte Méruès, directrice de l'Association Cœur de Forêt et je suis née le 2 novembre 0:29 1985 en région parisienne. 0:31 L'association Cœur de Forêt, qu'est-ce que c'est, en quoi ça consiste, que faites-vous ? 0:36 Alors, Cœur de Forêt, c'est une association de préservation des forêts en France et à 0:40 l'international et on agit depuis maintenant 20 ans pour refonder l'équilibre précieux 0:45 entre la forêt et les humains. 0:47 Ça veut dire qu'on va agir sur la régénération des espaces forestiers, soit par de la plantation, 0:52 soit par l'accompagnement de la dynamique naturelle des forêts et puis on va aussi 0:56 travailler pour préserver les forêts existantes en agissant directement sur les causes de 1:00 la déforestation, de la dégradation des forêts. 1:02 On agit aujourd'hui dans 4 pays, on agit à Madagascar, en Indonésie, en Bolivie où 1:07 là on va concrètement accompagner les populations locales à changer leurs pratiques agricoles 1:12 parce que c'est elles qui sont les causes de la déforestation et on va agir aussi en 1:16 France pour accompagner les propriétaires qui possèdent des petites forêts à mieux 1:20 les gérer pour pouvoir être vraiment beaucoup plus en lien avec le changement climatique 1:26 et beaucoup plus résilient par rapport à cette problématique. 1:28 Alors comment on fait pour mieux gérer les forêts, comment on fait pour faire plus attention 1:31 à la biodiversité, quels sont les trucs qu'il faut savoir, les trucs astuces ? 1:36 Le plus difficile aujourd'hui je trouve pour préserver des forêts c'est déjà de connaître 1:40 la forêt. 1:41 On commence vraiment par collecter de l'information sur la connaissance des végétaux, soit des 1:46 inventaires, soit vraiment des études anthropologiques aussi, de la relation entre les populations 1:50 locales et les plantes aromatiques et médicinales, et la fleur locale et la faune locale aussi. 1:55 Et une fois qu'on a cette connaissance, c'est comment on la transmet auprès des générations 1:59 futures. 2:00 Donc il peut y avoir des programmes au sein des écoles, ça peut être des expositions 2:03 itinérantes qui passent dans les villages. 2:04 Souvent on est face à des publics qui n'ont pas conscience que la forêt a de la valeur 2:09 et donc on leur remontre qu'ils ont une forêt qui est unique, qu'ils ont une biodiversité 2:12 qui est unique et donc ils sont en quelque sorte aussi responsables et ils ont une chance 2:16 pour pouvoir la préserver dans le futur. 2:18 Justement, à quoi elle sert la forêt ? 2:20 La forêt, elle a énormément de fonctions, il y a les fonctions un peu primaires que 2:24 nous on imagine quand on pense à une forêt, elle produit du bois, on peut aller faire 2:28 de la cueillette de champignons, donc ça c'est vraiment les besoins humains. 2:31 Mais finalement, avant tout, la forêt c'est un lieu d'habitat, c'est 80% de la biodiversité 2:36 terrestre. 2:37 Quand une forêt est en bonne santé, elle peut aussi permettre des services écosystémiques, 2:41 c'est comme ça qu'on les appelle aujourd'hui, donc elle va capter du carbone, elle va participer 2:45 à la préservation du cycle de l'eau, elle va permettre de lutter contre l'érosion, 2:48 donc c'est tout un tas de services qui sont rendus gratuitement, c'est pour ça que c'est 2:52 important de la garder en bonne santé parce qu'indirectement, on peut avoir tous ces 2:56 co-bénéfices qui sont délivrés pour l'environnement et pour l'écosystème et le territoire. 3:02 On entend beaucoup parler de déforestation, est-ce que ça va à une vitesse phénoménale 3:06 mais est-ce qu'on plante aussi, est-ce que la forêt progresse dans d'autres endroits ? 3:10 Alors malheureusement, la déforestation elle est toujours d'actualité, on a beau planter, 3:17 régénérer, la déforestation est encore toujours à l'œuvre et on a du mal à freiner ce mécanisme. 3:22 On a des bonnes nouvelles par moment et puis le lendemain, on se retrouve avec une nouvelle 3:26 catastrophe d'incendie ou de décisions politiques qui viennent un peu ruiner les effets positifs des 3:32 jours précédents en apportant des solutions, donc nous c'est vraiment ces solutions qu'on 3:35 porte de pouvoir montrer que finalement il y a des actions de plantation ou de restauration 3:41 d'écosystèmes forestiers qui sont faites par les humains parce qu'il y a des techniques, 3:45 parce que les sols sont dégradés et donc on peut avoir un impact et puis aussi finalement, 3:49 l'une des solutions les plus simples c'est de laisser les forêts tranquilles parce qu'elles 3:52 vont se régénérer toutes seules et ça c'est le plus difficile je pense pour nous, c'est que 3:56 l'humain arrive à rester un peu à sa place et à laisser plus de place à la nature pour qu'elle 4:00 puisse être beaucoup plus efficace dans sa régénération. Vous allez agir auprès de qui, 4:05 de particuliers mais aussi de collectivités, à quel niveau vous intervenez ? Plus particulièrement 4:10 en France on va travailler aux côtés de la forêt privée et en fait en France on a une forêt qui 4:16 correspond à peu près à 30% du territoire, l'ONF va gérer 25% des forêts françaises et 75% des 4:23 forêts françaises restantes sont finalement la propriété de particuliers comme vous et moi et 4:28 cette forêt elle est très morcelée et ça correspond à un français sur vingt qui aujourd'hui a une 4:32 forêt. C'est souvent des petits bouts de 1 hectare, 2 hectares, 3 hectares, 4 hectares qui sont 4:37 vraiment difficiles à gérer et donc nous on va aller accompagner ces familles de propriétaires 4:42 français à déjà connaître leur forêt, savoir où elle est, connaître les essences, les peuplements, 4:47 connaître la biodiversité qui est abritée par ces forêts pour comprendre comment est-ce qu'ils 4:51 peuvent agir pour la préserver. On a un gestionnaire forestier qui va venir faire un diagnostic de la 4:55 forêt pour pouvoir identifier ces essences-là et après ça va passer par des actions concrètes 5:00 aussi de conseils. En fait on a souvent des mécanismes qui sont contre-intuitifs par rapport 5:04 à la forêt où on a des propriétaires forestiers qui vont aller en forêt ramasser tout le bois mort 5:08 au sol. On pourrait penser qu'on va pas couper d'arbres, on va juste ramasser le bois mort donc 5:13 c'est positif et finalement c'est pas si positif que ça parce qu'on a besoin du bois mort en forêt 5:18 et donc on va plutôt avoir tendance à leur conseiller de garder du bois mort en forêt pour 5:23 pouvoir participer au cycle naturel des écosystèmes forestiers et conserver l'humidité atmosphérique 5:28 aussi au sein de la forêt et on va plutôt les accompagner à choisir de couper certains arbres 5:33 pour pouvoir privilégier la croissance d'autres. C'est le même travail que vous allez entreprendre 5:38 officier en Bolivie ou à Madagascar par exemple ? Il y a une partie effectivement qui est conjointe 5:43 de comment est-ce qu'on gère un espace, comment est-ce qu'on connaît la forêt, quelle relation 5:47 on peut avoir avec la forêt. Ce qu'on va faire de différent à l'international c'est qu'on va 5:52 travailler sur l'agriculture. C'est pas toujours pareil intuitif de dire je vais préserver les 5:56 forêts, je vais travailler sur l'agriculture. En fait à l'international on sait que c'est 5:59 l'agriculture qui cause la déforestation et donc si on veut préserver les forêts existantes on va 6:04 devoir passer sur des techniques agroécologiques qui permettent de en quelque sorte sédentariser 6:10 les producteurs sur une même parcelle en apportant une diversité d'espèces. Donc on peut avoir des 6:15 arbres forestiers, des arbres fruitiers, des petites plantes maraîchères, des plantes aromatiques et 6:19 médicinales. L'objectif c'est de créer en quelque sorte une agroforêt sur un même espace qui va 6:25 permettre finalement de se régénérer naturellement sans avoir à aller déforester des nouvelles 6:30 surfaces forestières. Donc c'est une autre approche qui n'est pas évidente parce qu'il faut à chaque 6:35 fois s'adapter au contexte d'érosion des sols, de disponibilité, de fluctuation de la saisonnalité 6:41 des pluies aussi aujourd'hui dans des contextes de très forte précarité. Donc on est aussi face à 6:45 des publics qui elles n'ont pas le temps d'agir, elles n'ont pas le temps d'attendre. Donc il faut 6:50 aussi qu'on soit là pour les mettre en confiance et leur donner les outils et les moyens pour 6:54 pouvoir changer. Vous proposez aussi de parrainer ou de marrainer des arbres et des abeilles ? Tout 7:01 à fait. Alors on met en avant un bénéficiaire, on met en avant une forêt ou une abeille ou un arbre, 7:06 mais derrière l'objectif c'est de travailler sur toutes les échelles du projet de la sensibilisation, 7:11 de l'appui aux producteurs, à la restauration des écosystèmes forestiers. Et c'est donc une 7:15 super occasion généralement utilisée pour les mariages, pour les naissances, pour Noël. C'est 7:21 un peu un acte symbolique qui permet de faire un don et en même temps de pouvoir transmettre des 7:25 belles valeurs. En quoi selon vous les actions de Coeur de Forêt changent les choses, font bouger 7:30 les lignes à l'échelle locale, à l'échelle plus importante ? Ce n'est pas tant l'impact direct qu'on 7:36 peut avoir aujourd'hui parce qu'on a des moyens qui sont limités par rapport à l'ampleur de 7:41 toute la problématique aujourd'hui autour de la déforestation. Mais je pense que ce qu'on apporte 7:45 aujourd'hui c'est beaucoup d'espoir. On est des acteurs de terrain, on est très pragmatiques, 7:49 on agit petit à petit, main dans la main avec les producteurs ou les propriétaires des petites 7:54 forêts. Et l'objectif c'est d'accompagner vers le changement. Je pense que c'est ça qui prend du 7:59 temps aussi et c'est ça notre spécificité. On fait bouger les lignes parce qu'on va transformer 8:04 en quelque sorte par moment la vision qu'on peut avoir par rapport à la nature, on va transformer 8:07 la vision qu'on a des pratiques agricoles ou silvicoles, on va vraiment transformer la vision 8:11 de la solidarité internationale. Donc on essaie vraiment de faire changer les lignes sur le 8:16 terrain pour pouvoir par exemple faire des inventaires botaniques ou des inventaires au 8:20 niveau de la faune. Ça permet de transmettre ensuite des connaissances derrière, ça permet 8:24 de transmettre des connaissances sur les plantes aromatiques et médicinales. On va accompagner les 8:28 autorités locales à mieux maîtriser les techniques agricoles ou forestières. Donc c'est tout un pas 8:32 de temps qu'on utilise pour pouvoir faire changer. Et en fait en quelques années on arrive à faire 8:37 bouger les lignes, on a des consciences qui changent. Les populations locales prennent 8:40 plus conscience du rôle des arbres et de la forêt par rapport à la préservation des sources d'eau, 8:44 par rapport à l'érosion du sol. On a tout un volet qui fait que même le feu est très utilisé dans 8:50 ces pays-là. Et donc en fait il faut par exemple dix ans, en Indonésie on a mis dix ans pour que 8:54 les villageois se rendent compte que le feu n'était pas un mécanisme qui était sans conséquence et 9:00 qu'en fait aujourd'hui c'était un mécanisme qui était menaçant pour leur équilibre. Donc ça prend 9:04 du temps et je pense que nous on a un peu en tête ce changement-là de comment est-ce qu'on accompagne 9:09 pour que ça soit tout naturellement fait et qu'ensuite derrière les projets se débrouillent 9:14 finalement sans notre appui. 9:21 Charlotte Méruès, vous êtes directrice de l'association Cœur de forêt. 9:24 16 ans, c'est l'Agent France pour créer son entreprise. Vous à 16 ans, que faisiez-vous ? 9:29 Est-ce que vous vous promeniez en forêt ? Est-ce que la forêt déjà vous parlait, vous ressourçait ? 9:36 J'étais pas forcément ancrée dans la forêt, par contre j'étais très passionnée par le monde du 9:40 végétal. Depuis que je suis toute petite, j'ai semé des graines, j'ai vraiment découvert toutes 9:45 les capacités des plantes à partir d'une graine à se développer, à se multiplier. J'avais chez moi 9:50 plein de plantes et donc je pense qu'à 16 ans je ne rêvais pas forcément de créer une entreprise 9:55 mais je rêvais d'exploration botanique, je rêvais de construire aussi tout un équilibre entre tout ce 10:01 monde du végétal et ce qu'on peut en faire aujourd'hui. On a la main verte, finalement cette 10:05 main verte, elle permet aussi d'avoir une relation particulière, d'observer le vivant et aujourd'hui 10:11 il y a plein d'activités autour du biomimétisme et l'agroécologie, la gestion forestière, c'est 10:15 aussi une source d'inspiration pour des modèles économiques. Donc finalement, je n'avais pas 10:20 tracé tout ce que j'allais faire aujourd'hui mais j'étais passionnée par ce monde du végétal qui, 10:25 je pense, a encore plein plein de choses à nous apprendre et qui est une très grande source 10:29 d'inspiration pour le monde économique, que ce soit associatif ou entreprise. 10:33 Merci à Charlotte Méruès, directrice de l'association Coeur de Forêt. 10:38 Vous pouvez retrouver ce podcast sur notre site impact.info. 10:43 C'était Impact.info, entreprendre autrement. Intégrer cette interview sur votre site
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