A la tête d’un ESAT (Établissement et service d'accompagnement par le travail), Alice Freysz a développé avec ses équipes un restaurant solidaire : “Les petits plats de Maurice”, qui recrute des personnes en situation de handicap.
A l'occasion de la pause estivale, les équipes d'impact.info vous propose de (ré) écouter l'un de nos épisodes publié cette année. Il s'agit de la mise en lumière du restaurant “Les petits plats de Maurice” créé par Alice Freysz .
Bonne écoute !
Juliette Boulegon
Journaliste impact.info
Publié le 9 août 2024
Paroles Audio en Français· Transcription générée par IA
0:00 Bonjour, c'est Juliette et bienvenue dans le podcast de celles et ceux qui veulent faire 0:08 bouger les lignes au sein de leur entreprise. 0:11 Rendre la société plus inclusive et plus ouverte aux différences, c'est la volonté 0:16 des ESAT qui permettent aux personnes en situation de handicap d'intégrer plus aisément le 0:21 monde du travail. 0:22 Alice Fresse est directrice de l'un de ces établissements. 0:26 Je m'appelle Alice Fresse, j'ai 47 ans, je suis née à Lail-les-Roses dans le Val-de-Marne 0:32 et aujourd'hui, et depuis un peu plus de trois ans, je dirige un ESAT, c'est un établissement 0:38 et service d'accompagnement par le travail, donc très concrètement un établissement 0:43 d'à peu près 120 personnes. 0:45 On recrute, on forme et surtout on accompagne dans l'emploi des personnes en situation 0:50 de handicap. 0:51 Et alors justement, au travers de cet ESAT, qu'est-ce que vous faites directement ? 0:55 On va former et accompagner dans l'emploi des personnes en situation de handicap. 1:00 Alors dans notre établissement à proprement parler, on a trois grands lieux de travail. 1:05 On a d'abord un restaurant qui sera le sujet surtout aujourd'hui, qui s'appelle les 1:11 petits plats de Maurice. 1:12 On a par ailleurs une boutique de vente et surtout de réparation de vélo qui s'appelle 1:17 les petits vélos de Maurice, dans lequel on va apprendre le métier de réparateur 1:21 cycle. 1:22 Et puis enfin, le gros de l'ESAT, ce sont des ateliers où on travaille en B2B sur différents 1:27 métiers. 1:28 Donc on fait de l'assemblage, conditionnement, on fait du routage et on fait également des 1:34 travaux administratifs. 1:35 Voilà pour vous présenter notre établissement. 1:37 Effectivement, nous on va se concentrer sur les petits plats de Maurice, donc un restaurant 1:43 qui est dans le 11e arrondissement à Paris. 1:46 Est-ce que vous pouvez, pour commencer, nous parler un petit peu de la création, de son 1:50 histoire, pour qu'on puisse s'immerger un petit peu dans ce restaurant ? 1:53 En fait, ce qu'il faut avoir en tête, c'est que notre ESAT, il appartient à une grosse 1:57 association, une belle association qui s'appelle l'ANRH, qui fête ses 70 ans cette année. 2:02 Et à l'ANRH, on a un peu plus de 1 800 collaborateurs, dont plus des trois quarts en situation de 2:08 handicap. 2:09 Nos métiers historiques à l'ANRH sont des métiers en B2B, donc un peu comme de prestations 2:14 comme j'expliquais tout à l'heure, de prestations industrielles, prestations tertiaires, assemblages, 2:19 etc. 2:20 Et on a eu envie, il y a un peu plus de cinq ans maintenant, de plus d'ouverture, de plus 2:27 de connexion avec le monde qui nous entoure. 2:32 Et l'idée du restaurant est venue de là, parce que finalement, quoi de mieux qu'un 2:35 restaurant pour être ouvert sur le monde qui nous entoure ? 2:38 Donc, c'est vraiment ce qui a été à l'origine de ce restaurant qui est aujourd'hui et qui 2:42 a été conçu, d'ailleurs même dans son architecture, pour être un vrai lieu de 2:48 mixité et d'inclusion. 2:49 Au sein de votre équipe, la plupart des personnes sont donc en situation de handicap. 2:54 Comment est-ce que cela s'organise ? Est-ce que c'est tout simplement une organisation 2:57 tout à fait classique d'un restaurant où il y a différents processus à adapter ? 3:01 Les deux. 3:02 Déjà, on est un restaurant, donc on commence par être un vrai restaurant. 3:06 Nous, notre mission, c'est l'insertion professionnelle de personnes en situation de handicap. 3:11 Donc, on doit être un restaurant, tout ce qui est plus professionnel. 3:14 Donc, il y a toute une partie du boulot et de l'organisation qui est tout à fait professionnelle. 3:18 Donc, on a un équipement cuisine qui est super, qui est digne de très bon restaurant. 3:22 On a évidemment un chef qui est au top niveau. 3:25 On forme nos équipes sur tous les basiques, que ce soit en cuisine ou en salle. 3:29 Et puis surtout, on forme l'équipe, que ce soit nos cuisiniers ou nos serveurs, de manière 3:35 très professionnelle, chacun sur leur métier. 3:38 Donc, en ça, on est un vrai restaurant. 3:40 Et il ne faut pas oublier que quand on parle d'insertion professionnelle, l'idée, c'est 3:43 aussi de travailler comme dans une entreprise ou en l'occurrence, un restaurant classique. 3:48 Et pour ça, on va vraiment travailler sur l'accompagnement. 3:51 Donc, c'est sûr et c'est vrai, l'encadrement peut être un peu spécifique, que ce soit 3:55 sur l'adaptation des postes de travail en fonction du handicap, il peut y avoir besoin 3:59 d'adaptation, il peut y avoir besoin d'un peu plus de pédagogie, un peu plus d'accompagnement 4:04 dans la formation, voire des accompagnements qui dépassent même un peu le professionnel 4:10 on a toute une équipe de psychologues, une éducatrice spécialisée qui va être plutôt 4:15 sur les sujets sociaux pour répondre aussi de manière holistique à tous les besoins 4:19 que peuvent avoir notre équipe. 4:21 Et j'imagine qu'il y a donc des personnes qui sont à la fois en situation de handicap, 4:25 mais d'autres qui ne le sont peut-être pas. 4:27 Est-ce que ces personnes sont aussi formées à travailler avec ces personnes ? 4:32 Alors, la réalité en ESAD, c'est que tout notre personnel, que j'appellerais de production, 4:38 toutes les équipes sont en situation de handicap. 4:40 Intégralement. 4:41 Donc en fait, ça va être les encadrants qui, eux, pour la plupart, ne sont pas en 4:46 situation de handicap. 4:47 Nos encadrants, mais comme une fois encore n'importe quel restaurant ou entreprise classique, 4:52 sont des professionnels de leur métier pour pouvoir apprendre le métier à notre équipe. 4:57 Évidemment, ils travaillent aussi sur de l'accompagnement eux-mêmes et avec l'aide, 5:02 c'est la spécificité d'un établissement comme un ESAD, avec l'aide de l'équipe 5:06 médico-sociale de l'ESAD, qui sont ceux dont je parlais tout à l'heure, psychologues 5:10 et éducateurs spécialisés. 5:11 Et alors, qu'est-ce que cela apporte selon vous d'avoir un restaurant, d'avoir ouvert 5:16 un restaurant inclusif, aussi bien dans le quartier, pour les clients, mais aussi pour 5:21 les salariés ? 5:22 Alors, vous le dites, c'est autant pour les salariés que pour les clients. 5:26 Déjà, pour les salariés, clairement, et pour la plupart, c'est des personnes qui 5:31 à l'origine étaient éloignées de l'emploi. 5:33 Donc, très concrètement, une personne éloignée de l'emploi, vous la formez, vous l'accompagnez 5:38 dans l'emploi. 5:39 Aujourd'hui, notre équipe, ce sont des serveurs et des comiques cuisines qui sont compétents 5:44 dans leur métier et reconnus pour ça. 5:46 On a des super notes Google, des clients qui leur font des super retours. 5:49 Et au-delà de la valeur, j'ai envie de dire, économique d'avoir un travail, alors qu'avant, 5:56 ils en étaient un petit peu plus, ils en étaient éloignés, avoir un travail, c'est 5:59 avoir une place dans la société, un rôle, une utilité. 6:03 Donc, il y a un enjeu humain qui est extrêmement important. 6:08 Donc, ça, c'est la première chose et c'est la raison pour laquelle on fait ce métier, 6:11 c'est vraiment l'insertion professionnelle, le boulot de notre équipe. 6:15 Et deuxième enjeu, effectivement, c'est plus qu'un restaurant classique, d'avoir 6:20 un restaurant inclusif comme ça, parce que nous donnons à voir, en fait, nous démontrons 6:26 que l'insertion professionnelle et le handicap ne sont pas incompatibles. 6:30 Et ça, c'est vraiment très important, avec, comme je le disais, avec notre accompagnement. 6:37 Ces personnes à l'origine éloignées de l'emploi sont aujourd'hui des commis 6:41 de cuisine, des serveurs reconnus pour leur métier et en fait, le handicap n'est plus 6:45 le sujet. 6:46 Et les salariés sont en CDI ou pas forcément ? 6:49 Alors oui, les personnes en situation de handicap dans un ESAT ne sont pas juridiquement 6:54 des salariés, mais j'ai envie de dire peu importe, parce qu'à la fin, ils ont 6:57 des contrats d'emploi qui sont effectivement à durée indéterminée, comme les encadrants 7:03 ont également des CDI. 7:04 Et alors l'idée avec Impact.info, c'est donc de donner la parole à celles et ceux 7:08 qui font un peu bouger les lignes au sein de leur entreprise, vous l'avez compris, 7:12 mais aussi plus vastement de la société. 7:14 Je pense que vous vous sentez concerné par cette question. 7:17 Selon vous, en quoi vos actions font-elles bouger les lignes, justement ? 7:20 Alors nous, notre sujet, c'est le sujet au-delà de mon ESAT, plus largement de notre 7:25 association, la NRH, c'est le taux de chômage des personnes en situation de handicap. 7:30 Je ne sais pas si vous le savez, mais leur taux de chômage est à peu près deux fois 7:34 supérieur à la moyenne de la population active. 7:36 Donc nous, c'est ça notre sujet, c'est un gros sujet. 7:38 Là où on a envie de faire bouger les lignes un cran de plus, et je voudrais vous parler 7:42 d'un projet qui n'est pas encore en place, mais auquel on est en train de réfléchir 7:45 pour cette année. 7:46 On voudrait développer une véritable filière de formation et d'accompagnement dans l'emploi 7:53 de personnes en situation de handicap pour les métiers de la restauration. 7:56 On va parler un petit peu plus de vous, Alice, 16 ans, c'est l'âge légal en France pour 8:04 ouvrir sa première entreprise. 8:06 Est-ce que vous saviez de quoi vous rêviez lorsque vous aviez 16 ans ? 8:10 Quand j'avais 16 ans, et je pense que c'est le cas de beaucoup d'adolescents, je ne savais 8:16 pas bien ce que je voulais faire, par contre, en termes de métier. 8:19 Par contre, j'avais un rêve qui était de m'impliquer dans une mairie. 8:26 En fait, j'avais envie d'œuvrer pour l'intérêt général, mais pas du tout des ambitions 8:33 de politique nationale. 8:34 J'avais envie d'œuvrer au sein de ma ville, de mon quartier, pour aider des personnes 8:40 peut-être plus fragiles. 8:41 A l'époque, j'avais plutôt en tête les jeunes, l'éducation ou les personnes âgées, j'avoue. 8:47 Aujourd'hui, concrètement, je ne me suis jamais engagée en politique ni nationale, ni locale. 8:52 Par contre, je travaille dans une association, pas complètement pour les jeunes et les personnes 8:56 âgées, mais pour les personnes handicapées. 8:58 Je me dis qu'il y a peut-être un lien entre ce rêve et le métier que j'ai aujourd'hui. 9:02 Merci à Alice Presse, directrice d'un ESAT à Paris. 9:06 Vous pourrez bien entendu retrouver cette interview sur notre site impact.info rubrique 9:11 handicap qui regroupe tous les épisodes portant sur les bonnes pratiques en faveur des personnes 9:16 handicapées. 9:17 C'était impact.info, entreprendre autrement. Intégrer cette interview sur votre site
Affichez ce lecteur directement sur votre site pour partager l'interview avec votre audience.
Copier le code d'intégration Voir le code généré
Collez ce code dans un bloc HTML/code de votre site : « HTML personnalisé » sur WordPress, « Intégrer du code » sur Wix, bloc « Code » sur Squarespace.