Matthias Monneron est président et cofondateur d’Ecométrique, start up spécialisée dans le suivi des micropolluants dans les cours d’eau et dans l’exploitation de la qualité environnementale sur la qualité de l’eau à Limoges.
A l’occasion de la pause estivale, les équipes d’impact.info vous proposent de (ré) écouter l’un de nos épisodes publié cette année.
Il s’agit de la mise en lumière du témoignage de Matthias Monneron , président et co-fondateur d'Ecométrique .
Bonne écoute !
Florence Jaillet
Journaliste impact.info
Publié le 28 juillet 2025
Paroles Audio en Français· Transcription générée par IA
0:00 Bonjour et bienvenue dans le podcast de celles et ceux qui font bouger les lignes au sein 0:10 de leur entreprise, en alliant par exemple science et écologie, Mathias Moneron. 0:15 Je suis Mathias Moneron, né le 4 février 1992 à Limoges et je suis président et cofondateur 0:24 d'Ecométrique. 0:25 Alors Ecométrique, qu'est-ce que c'est ? 0:27 Ecométrique, c'est ce qu'on appelle une spin-off universitaire, c'est-à-dire qu'on 0:31 est né à partir de travaux de recherche de l'université, notamment de l'université 0:36 de Limoges, et donc on est une start-up spécialisée dans le suivi des micropolluants dans les 0:42 cours d'eau et dans l'exploitation de la donnée environnementale sur la qualité de 0:47 l'eau. 0:48 Est-ce qu'on pourrait expliquer ce que sont les micropolluants ? Qu'est-ce que c'est 0:51 exactement ? 0:52 Alors les micropolluants, c'est des choses dont on entend parler tous les jours mais 0:57 pas forcément sous le nom de micropolluants. 0:59 Ça va prendre en compte des grandes familles de molécules, comme par exemple les pesticides, 1:04 les résidus pharmaceutiques, on parle aussi beaucoup aujourd'hui de polluants éternels, 1:08 ce qui est les PFAS, toutes ces familles-là sont des micropolluants et on appelle ça 1:12 micropolluants parce que c'est des molécules qui vont être présentes dans les masses 1:17 d'eau à de très faibles concentrations, de l'ordre du nanogramme par litre, c'est 1:20 vraiment très faible. 1:21 Par exemple, vous prenez un sucre que vous jetez dans une piscine olympique et ça représente 1:26 un nanogramme par litre, donc les micropolluants, c'est ça et en fait, ils posent un souci 1:29 parce qu'ils présentent des toxicités à ces concentrations très faibles, d'où le 1:33 terme micropolluants, voilà ce que c'est. 1:36 Et aujourd'hui, maintenant, on voit que ces micropolluants sont présents absolument partout 1:41 dans nos cours d'eau, dans les masses d'eau qu'on va utiliser pour l'eau potable et donc 1:45 il y a beaucoup de problématiques aujourd'hui sur le suivi de ces molécules-là notamment. 1:49 Justement, ces molécules-là, c'est assez récent qu'on puisse les capter, les traiter ? 1:53 Alors, ces molécules, il faut savoir que déjà, elles sont apparues il n'y a pas trop 1:58 plus de 50 ans. 1:59 Elles sont apparues avec la chimie de synthèse, avec le fait de pouvoir synthétiser toutes 2:03 les molécules que l'on voulait à partir du carbone. 2:05 Et donc, c'est là que le nombre de pesticides n'a cessé d'augmenter et d'être utilisé. 2:11 Dans les années 70, les pesticides étaient déjà utilisés mais on n'avait pas les 2:15 techniques analytiques d'aujourd'hui pour suivre ces molécules-là. 2:19 On s'intéressait à tout ce qui était azote, phosphore, donc c'est par exemple 2:23 notamment ce qui est pour l'eutrophisation, c'est ces éléments-là qu'on étudie, 2:27 mais on n'était pas capable de voir trop les micropolluants. 2:29 En fait, il y a eu des progrès analytiques énormes depuis cette période-là qui nous 2:33 permettent aujourd'hui de les détecter beaucoup plus. 2:36 Donc, il y en a aussi beaucoup plus parce qu'il y a accroissement de la population, 2:40 il y a accroissement des besoins, multitude de pesticides ont été synthétisés. 2:44 Maintenant, il y a des millions et des millions de molécules organiques. 2:48 Généralement, quand on fait des études sur les micropolluants, si on étudie 1000 2:53 molécules, c'est déjà très bien, mais ces molécules étaient là depuis une cinquantaine 2:58 d'années. 2:59 Le nombre a augmenté, mais c'est juste qu'aujourd'hui, on est capable quand même 3:02 d'analyser énormément de choses. 3:04 Quels sont les risques d'avoir ces micropolluants dans notre eau ? 3:08 Le risque, il est dans notre eau, donc le risque, il est sanitaire parce qu'aujourd'hui, 3:13 il y a des cours d'eau qui vont être contaminés, il y a des nappes souterraines d'eau qui 3:16 vont être contaminées et on va aussi pomper dans cette eau. 3:19 Le fait est qu'aujourd'hui, ce qu'on appelle les seuils d'utilisation, les seuils de toxicité, 3:26 ils sont quand même faits pour préserver la santé. 3:29 Aujourd'hui, pour moi, il n'y a pas d'énorme risque si on met un point d'honneur à traiter 3:36 comme il faut et à suivre comme il faut cette dérive sur les micropolluants. 3:40 Il y a eu dans les médias des problématiques qui sont arrivées, il y a eu des dépassements 3:45 de seuils par-ci, par-là et parfois, l'eau a été distribuée présentant des concentrations 3:51 au-dessus des seuils. 3:52 Il faut savoir qu'en fait, les seuils toxicologiques sont construits pour qu'il y ait des marges 3:56 de sécurité qui soient quand même très importantes, même un léger dépassement 3:59 de seuil n'entraîne pas de risque vraiment toxique. 4:02 Mais du coup, il y a quand même une vraie problématique qui est que, notamment sur 4:06 les polluants éternels, aujourd'hui, ces molécules, on ne sait pas trop les traiter, 4:10 ça fait que 2-3 ans qu'on a vraiment des polémiques un peu partout, qu'on voit qu'elles 4:13 sont là, parce qu'on était capable de les analyser, on n'avait pas trop mis le 4:16 nez dessus. 4:17 Là, le nez, il est dessus. 4:18 Et le problème, c'est qu'il y a de l'investissement énorme à faire à la fois dans l'étude 4:23 de ces molécules-là, dans le suivi de leur concentration un petit peu partout et aussi 4:26 dans le traitement de l'eau potable et de l'eau usée aussi derrière. 4:29 Votre système, qu'est-ce qu'il permet ? Comment ça fonctionne concrètement ? 4:34 C'est un petit dispositif qu'on va mettre dans les masses d'eau qu'on veut étudier, 4:38 que ce soit les eaux naturelles, les eaux usées ou encore les eaux industrielles, 4:42 et on va l'immerger pendant généralement 15 jours. 4:45 Pendant toute cette période, il va accumuler des familles de micropolluants ciblés. 4:50 Après ça, on va les récupérer, on le démonte et on l'analyse. 4:53 Alors, qu'est-ce qui est fait aujourd'hui en routine ? Aujourd'hui, c'est des techniciens 4:56 qui vont sur les cours d'eau avec une bouteille et hop, ils prélèvent. 4:59 Là, l'image de la qualité de l'eau qu'ils ont, c'est une seconde. 5:02 S'il y a un pesticide qui passe une heure après, en fait, ils ne le verront pas. 5:06 Donc, l'information qu'on a, elle n'est pas très représentative de la globalité de la qualité. 5:11 Nous, les dispositifs vont accumuler pendant toute la période de déploiement. 5:15 Pendant 15 jours, ils vont accumuler les polluants. 5:18 C'est-à-dire qu'on va savoir tout ce qui est passé sur ces 15 jours-là. 5:21 Donc, on a quand même une image de la qualité de l'eau beaucoup plus représentative de ce qui est réellement là. 5:26 Et qu'est-ce que vous faites de ces données ensuite ? 5:28 Alors, ces données, il faut savoir qu'on travaille à 80 % pour des collectivités 5:33 parce que c'est eux qui sont en gestion de cette politique-là, de la politique de l'eau. 5:38 Collectivités ou des grands comptes comme Suez, Veolia, ce genre d'entreprise 5:42 qui est, elle aussi, en gestion pour les collectivités des masses d'eau. 5:45 Et nous, les données, on les fournit aux clients derrière. 5:48 On n'est pas un labo d'analyse. 5:49 On ne va pas lui fournir un fichier Excel et puis, débrouillez-vous. 5:52 Nous, derrière, on fait toute l'interprétation aussi de la donnée. 5:55 C'est-à-dire qu'on va la remettre en contexte, 5:56 on va aller étudier les industries qui sont dans le secteur, 5:59 on va aller étudier l'agriculture pour essayer de dresser des pistes 6:03 et de dire que cette molécule-là, très potentiellement, 6:05 elle va être utilisée dans cette partie-là de votre secteur. 6:08 Enfin, voilà, des recommandations sur les sources potentielles d'émissions. 6:11 Et derrière, lui, ça va lui aider à prendre des décisions 6:14 à la fois sur continuer le suivi, sur prioriser des actions, 6:19 par exemple, de la rotation agricole sur certaines parcelles, 6:22 aller voir peut-être des industriels pour discuter avec eux sur leurs pratiques 6:26 et ce genre de choses. 6:27 Donc, eux, derrière, ça leur permet de piloter leur politique environnementale 6:30 de manière un petit peu plus fiable. 6:32 En quoi vos actions, votre système, votre entreprise 6:36 font bouger les choses, apportent quelque chose, 6:38 font avancer ces questions de gestion de la qualité de l'eau ? 6:41 En fait, nous, on ne se positionne pas comme ce qu'on peut rappeler 6:45 un laboratoire de routine ou un acteur de routine 6:48 qui, lui, est là pour contrôler l'eau à intervalles réguliers, 6:52 poursuivre des réglementations. 6:53 Nous, on n'est pas exactement dans cette démarche-là. 6:55 On est plutôt dans une démarche d'études à vocation de connaissances. 6:58 Nous, notre partenaire, il va avoir une problématique. 7:00 Il va se dire, bon, voilà, moi, sur mon secteur, 7:02 j'ai quand même un petit peu d'agriculture, j'ai des stations d'épuration, 7:06 mais je ne connais pas les dynamiques des polluants à l'échelle de mon secteur. 7:09 J'aimerais connaître un peu comment tout ça fonctionne. 7:12 Et nous, c'est là qu'on se positionne. 7:13 On va aider, en fait, notre partenaire à construire la stratégie. 7:18 On va lui dire, là, ça ne sert à rien de mettre ça en place, 7:21 d'aller faire cette étude-là. 7:22 Vaut mieux faire une étude à cet endroit-là. 7:24 Il faut la faire comme ça, comme ci. 7:26 Donc, on l'aide à construire déjà sa demande, 7:29 à être en adéquation avec ce qui est faisable, 7:31 et en fait, avec les données qu'il va obtenir derrière. 7:33 Parce qu'il y a beaucoup d'études où on voit, 7:36 les études, elles sont portées, les données, elles sont là, 7:38 mais personne n'en fait rien parce qu'en fait, 7:40 l'idée qu'on avait au départ, les résultats, 7:41 ça ne résout pas cette problématique-là. 7:43 Donc, la première étape, c'est déjà de l'aider à comprendre la problématique 7:46 et comment on peut aller étudier son secteur pour répondre à ça. 7:49 Nous, derrière nos dispositifs, 7:51 ça permet d'avoir quelque chose de très représentatif à moindre coût 7:55 pour justement l'éclairer sur des données qui sont réellement fiables derrière. 7:59 C'est surtout ça. 7:59 Il faut le voir comme vraiment de l'assistance sur les micropolluants 8:02 et pas de l'étude de routine à portée législative. 8:06 Ce n'est pas ça notre savoir-faire, nous. 8:14 Alors, 16 ans, c'est l'âge en France auquel on peut commencer, 8:17 on peut créer sa première entreprise. 8:18 Alors, je ne sais pas, vous avez attendu un petit peu plus. 8:21 Peut-être, mais à 16 ans, vous imaginiez, voilà, 8:26 assister justement sur ces questions-là. 8:28 C'était quoi ? C'est la science ? C'était l'environnement ? 8:30 Qu'est-ce qui a été le premier levier, en fait, de votre parcours ? 8:35 Oui, ça a toujours été un mélange entre la science et l'environnement 8:37 parce que, voilà, moi, j'ai été élevé à la campagne, 8:40 j'ai toujours été très sensibilisé à ces thématiques-là. 8:42 J'ai toujours aimé beaucoup la science. 8:44 L'entreprise, beaucoup moins. 8:45 L'entreprise, en fait, c'est venu sur le tas. 8:48 J'ai fait de la science, j'ai fait un parcours très classique, 8:51 bac S, j'ai fait de la fac, j'ai fait école d'ingé, diplôme d'ingénieur. 8:56 Après, j'ai fait une thèse sur les sites et sols pollués, 8:59 les risques sanitaires liés à ces sites-là. 9:02 Et c'est qu'après, en fait, où j'ai intégré une nouvelle équipe de recherche 9:04 à l'Université de Limoges, où je suis rentré sur cette thématique 9:08 vraiment précise des micropolluants. 9:10 Et toujours pas, en fait, dans l'optique de monter l'entreprise derrière. 9:13 Mais en fait, en travaillant avec cette équipe de recherche, 9:16 en voyant tout ce qu'ils faisaient, on s'est dit quand même, 9:18 c'est dommage de se contenter, en fait, de déployer cette technologie 9:21 dans le giron universitaire. 9:22 C'est là où j'ai dit, on y va, on va plus loin. 9:25 On sort cette techno quand même du laboratoire. 9:27 On va essayer de la déployer plus massivement que seulement sous le giron de l'université. 9:31 Mais du coup, en fait, l'entreprise, en fait, c'est venu avec l'opportunité 9:35 de se dire, voilà, on a une problématique avec l'université. 9:39 On a quand même une solution qui nous permet de bien y répondre. 9:43 Il faut aller plus loin et il faut diffuser tout ça. 9:46 C'est comme ça que c'est venu. 9:47 Qu'est-ce qui vous a attiré vers cette thématique en particulier ? 9:50 Comment vous l'expliquez ? 9:51 J'ai toujours mélangé sciences et environnement. 9:53 Donc, ça colle quand même pas mal à cette thématique-là. 9:56 Et après, le fait de shifter l'équipe de recherche entre les sites et sols pollués 10:00 et les micropolluants dans l'eau, en fait, c'est juste pour ouvrir les horizons. 10:04 Je ne voulais pas être expert très, très approfondi dans un domaine. 10:09 Donc, je n'ai pas eu de problème à changer de thématique 10:11 pour apprendre de nouvelles choses, en fait. 10:12 C'était ça, c'était vraiment apprendre de nouvelles choses, 10:14 une nouvelle thématique, une nouvelle équipe 10:16 pour voir ce qui se passait d'un autre côté. 10:18 Merci à Mathias Moneron, président et cofondateur d'Ecométrique. 10:22 Retrouvez ce podcast sur notre site impact.info. 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