Loubna Ksibi permet à des femmes de tout âge et de tous horizons, de vivre de leur passion pour la cuisine en leur proposant de mêler leur talent de cheffe cuisinière à celui d’entrepreneure indépendante.
A l'occasion de la pause estivale, les équipes d'impact.info vous propose de (ré) écouter l'un de nos épisodes publié cette année. Il s'agit de la mise en lumière de l'association MeetMyMama cocréée par Loubna Ksibi .
Bonne écoute !
Juliette Boulegon
Journaliste impact.info
Publié le 25 juillet 2024
Paroles Audio en Français· Transcription générée par IA
0:00 Bonjour, c'est Juliette, et bienvenue dans le podcast de celles et ceux qui veulent faire 0:08 bouger les lignes au sein de leur entreprise. 0:10 Sur les 627 restaurants étoilés en France, seuls 32 sont tenus par des femmes chefs, 0:16 un chiffre qui est à la hausse certes, mais qui peine encore à être équitable. 0:19 Pourtant, au sein des foyers, ce sont toujours les femmes qui cuisinent le plus. 0:23 Alors pour contrer ces chiffres, Loubna Xibi a décidé de donner la chance à des femmes 0:28 aux talents culinaires non exploités, en créant Meet My Mama, et en leur donnant 0:33 une chance d'utiliser leur savoir, et également de sortir d'une certaine précarité. 0:37 Bonjour, je m'appelle Loubna Xibi, j'ai 31 ans, je suis née en Lorraine, à Thionville. 0:45 J'habite actuellement à Paris, et je suis co-fondatrice de l'entreprise sociale Meet 0:50 My Mama, de l'association Empower My Mama, de l'école La Mama Academy, et je suis 0:55 également au bureau du conseil d'administration du mouvement Impact France. 0:59 On va se concentrer aujourd'hui sur l'association Meet My Mama, est-ce qu'il est possible 1:02 que vous nous la présentiez rapidement ? 1:04 Oui, alors on a créé il y a quelques années une structure pour permettre à un maximum 1:08 de femmes de pouvoir vivre de leur savoir-faire pour la cuisine, de pouvoir devenir chefs, 1:13 traiteurs, entrepreneurs, indépendantes, peu importe leur parcours, peu importe leur 1:18 background, peu importe leur passé, l'idée c'était de se dire on va lever tous les 1:23 freins qu'elles peuvent rencontrer, on va les former, on va leur donner le pouvoir 1:26 de pouvoir réussir à devenir chef. 1:29 Ce sont des femmes j'imagine aux parcours très divers, très différents, comment est-ce 1:33 que vous faites une fois que ces femmes sont venues à vous pour décider de quel niveau 1:37 de formation dont elles ont besoin ? 1:38 Alors on a créé en fonction de leur niveau plusieurs parcours, on a un premier parcours 1:44 d'inspiration pour créer des déclics, leur permettre de découvrir les métiers de la 1:48 restauration et leur permettre d'affiner leur projet professionnel. 1:51 Ensuite on a un parcours plutôt de formation pour qu'elles puissent acquérir toutes les 1:56 compétences nécessaires à la fois sur les compétences culinaires, l'hygiène sécurité 2:00 alimentaire, le calcul des coûts-matières, comment créer une recette, le design culinaire 2:05 etc. 2:06 Mais aussi sur des compétences plus entrepreneuriales, des soft skills comme la confiance en soi 2:12 et puis tout ce qui est gestion, RH etc. 2:15 Et puis pour celles qui se lancent, qui sont en lancement d'activité, on a créé un incubateur 2:20 où elles ont accès pendant un an et demi à une cuisine professionnelle mise à disposition 2:26 gratuitement par l'association, des coachs en cuisine, des coachs entrepreneurs et des 2:32 premières prestations, ce qui leur permet d'avoir des premiers clients pour commencer 2:36 leur activité. 2:37 Et enfin pour celles qui sont lancées, on a créé la plateforme traiteur Meet My Mama 2:43 qui propose aux entreprises des prestations traiteurs sous différents formats à la fois 2:47 cocktail, banquet, dîner et c'est un moyen pour elles de pouvoir vivre décemment de 2:53 leur activité, être rémunérées. 2:55 Alors dans les grandes lignes, est-ce que vous pouvez nous présenter un petit peu qui 2:58 sont ces femmes qui viennent à vous ? 3:00 Ces femmes elles sont très diverses, ce qui les rassemble c'est leur passion pour la cuisine 3:05 mais elles ont tout âge, on a des mamas très jeunes, je crois qu'à plus jeune elle doit 3:09 avoir 23 ans et des mamas beaucoup plus âgées, on a des mamas de tous milieux sociaux, on 3:15 a des mamas qui étaient déjà dans le monde de la restauration et d'autres qui sont en 3:19 réconversion professionnelle, des mamas qui n'avaient jamais travaillé avant et d'autres 3:27 qui avaient déjà un restaurant par exemple, elles sont vraiment de tout type, de toute 3:32 origine aussi. 3:33 On va revenir un petit peu sur la genèse de Meet My Mama, des déclics potentiels que 3:37 vous avez pu avoir en créant cette association et puis surtout pourquoi avoir choisi de ne 3:42 former que des femmes ? 3:43 Alors les déclics, parce qu'il y en a eu plusieurs, à l'époque j'étais en stage 3:48 et à ce moment-là c'était l'arrivée des réfugiés notamment de Syrie et on avait 3:53 vraiment très envie de changer les discours qu'on pouvait avoir sur ces personnes qui 3:58 arrivaient en France, ça a été vraiment les déclics, on s'est dit mais ces femmes 4:03 qui arrivent, on les voyait vraiment comme des talents qui arrivaient, on s'est dit 4:06 on a très envie qu'elles puissent nous faire découvrir leur cuisine, on ne la connaît 4:11 pas. 4:12 C'est parti de là et puis c'est aussi parti de nos expériences personnelles, on 4:16 a toujours grandi avec des femmes qui cuisinaient merveilleusement bien mais qui n'arrivaient 4:20 jamais à en faire leur métier. 4:21 L'une de mes tantes qui cuisine comme personne, elle a longtemps été femme au foyer et une 4:27 fois que ses enfants ont grandi, on lui a dit maintenant pense à toi et tu as ce talent, 4:32 il faut que tu en fasses quelque chose et elle s'est lancée mais elle a échoué parce 4:36 qu'elle savait super bien cuisiner mais pas forcément gérer une entreprise, trouver 4:39 des clients. 4:40 Il y a tout ça autour qui est assez complexe quand on n'est pas du milieu donc le déclic 4:47 est venu notamment de là. 4:48 D'autant plus qu'en France, il y a encore très peu de femmes qui accèdent au statut 4:51 de chef. 4:52 Il me semble que derrière le nom de votre association, il y a justement un petit clin 4:56 d'œil à ce sujet. 4:57 C'est vrai que du coup, quand on a commencé à réfléchir au projet, on s'est rendu 5:01 compte que 90% des chefs étaient des hommes et que quand on leur demandait d'où leur 5:08 inspiration venait, elle leur venait souvent de leur mère, de leur grand-mère, etc. 5:12 Et donc, on a essayé d'essayer de comprendre pourquoi ce qui s'était passé puisque ce 5:16 n'était pas forcément le cas depuis toujours. 5:19 On prend souvent l'exemple des mères lyonnaises qui sont un peu les mères de la gastronomie 5:24 en France et qui tenaient les meilleurs restos notamment à Lyon et qui ont formé de super 5:31 chefs comme Bocuse, etc. 5:33 Donc, ça n'a pas toujours été le cas et on a essayé de comprendre d'où venait 5:38 cette transformation et on s'est rendu compte de tous les freins que pouvaient avoir les 5:43 femmes dans ce milieu-là, des discriminations, du sexisme, des conditions pas forcément 5:50 adaptées. 5:51 Et donc, on s'est dit qu'on allait vraiment se concentrer sur les femmes pour essayer 5:56 d'inverser la tendance et créer plus de rôles modèles. 5:59 Et au-delà de la sécurité de l'emploi que vous leur apportez, ce qui est déjà 6:03 assez conséquent, qu'est-ce que cela apporte en plus votre formation ? 6:06 Nous, ce qu'on dit, c'est qu'on ne leur apporte pas seulement un emploi, mais ce 6:11 qu'on fait, c'est de l'empowerment. 6:12 On a vraiment essayé de donner une définition sur ce terme empowerment. 6:17 Et donc, nous, la définition qu'on donne, c'est donner le pouvoir d'avoir du pouvoir. 6:22 On s'est rendu compte que pour faire de l'empowerment, il fallait six ingrédients. 6:26 Le premier ingrédient, c'est l'inspiration. 6:29 Il faut créer des déclics, il faut inspirer. 6:30 Ensuite, ce qu'il faut, c'est de la formation. 6:33 C'est pour ça qu'on a créé la Mama Académie, pour vraiment les outiller, pour 6:37 leur permettre de commencer dans la vie professionnelle. 6:40 Le troisième ingrédient, c'est le revenu. 6:42 Nous, ce qu'on essaie de mesurer, c'est le niveau de revenu pour leur permettre 6:45 vraiment de sortir de la précarité, de changer de classe sociale. 6:49 Le quatrième ingrédient, c'est la communauté. 6:52 Ensuite, l'accompagnement et le support, notamment pour lever tous les freins 6:57 périphériques et personnels. 6:59 Et le rayonnement. Le rayonnement, c'est très important aussi pour garantir 7:03 l'empowerment d'une personne. 7:04 Est-ce que vous auriez une belle histoire à nous raconter d'une de ces mamas que 7:08 vous avez aidé à s'émanciper et à devenir chef ? 7:11 On a plein, plein d'histoires. 7:13 La première mama, c'est Nita, qui est une mama originaire du Sri Lanka, qui a 7:19 d'abord été réfugiée en Malaisie, puis en France. 7:22 On l'a rencontrée dans les couloirs de France Air d'Asile et Nita a toujours 7:26 utilisé la cuisine comme moyen d'intégration et puis tout simplement 7:30 pour s'en sortir dans la vie déjà en Malaisie. 7:33 Quand elle est partie se réfugier en Malaisie, elle a très vite utilisé son 7:37 talent pour la cuisine pour pouvoir commencer à faire des repas, à les vendre. 7:41 Et c'est comme ça qu'elle s'est fait repérer. 7:42 Elle a même gagné plusieurs concours en Malaisie. 7:45 Et pareil, une fois arrivée en France, elle s'est dit, c'est le bagage que j'ai, 7:50 c'est mon talent et donc je vais en faire mon activité. 7:54 On l'a rencontrée dans ce cadre-là et aujourd'hui, on est hyper fiers parce 7:59 que Nita est hyper épanouie. 8:02 Elle a appris le français, elle a son permis, elle a son logement, elle a son 8:07 activité traiteur, elle a son propre labo. 8:09 Et aujourd'hui, l'une des ambassadrices de la cuisine sri-lankaise, qui est 8:12 encore très peu connue à Paris. 8:14 Et l'idée avec Impact.info, c'est de donner la parole à celles et ceux qui 8:18 font bouger les lignes au sein de leur entreprise. 8:21 Selon vous, en quoi vos actions font-elles bouger les lignes ? 8:25 On essaie d'apporter plus de femmes dans le monde de la restauration. 8:29 En inspirant, en formant un maximum de femmes, on contribue à apporter plus de 8:34 femmes chefs dans la société. 8:36 On essaie de parler des cultures du monde, des cuisines du monde différemment, 8:40 de les valoriser. 8:43 Impact.info, entreprendre autrement. 8:46 Et Louna, pour conclure cette interview, 16 ans en France, c'est l'âge légal 8:50 pour ouvrir sa première entreprise. 8:52 De quoi vous rêviez, vous, lorsque vous aviez 16 ans ? 8:55 Je voulais réparer des injustices, je supportais pas l'injustice. 8:59 D'ailleurs, mes frères et sœurs m'appelaient le nez de la justice, parce 9:01 que vraiment, je mettais mon nez partout dès qu'il y avait une injustice. 9:04 Je viens d'une zone assez rurale et donc on n'a pas forcément conscience des 9:09 différents métiers. 9:10 Et je savais pas du tout ce que c'était le monde de l'entreprise, une école de 9:15 commerce, une prépa. 9:17 Vraiment, à 16 ans, je pense que j'avais aucune notion de ces sujets-là, mais je 9:21 savais déjà que je souhaitais avoir un métier dans lequel je pouvais réparer le 9:26 monde, ou en tout cas le construire. 9:28 Merci à Loumna Ksibi, qui est la fondatrice de Meet My Mama, une 9:31 association qui permet aux femmes de devenir chefs et pas que. 9:35 Vous pourrez bien entendu retrouver cette interview sur Impact.info, rubrique 9:39 insertion, qui regroupe tous les épisodes portant sur l'employabilité des plus 9:42 fragiles. 9:43 C'était Impact.info, entreprendre autrement. 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