Comment l'Europe peut-elle transformer des engagements climatiques ambitieux en actions quotidiennes ? La réduction des émissions dépend des décisions prises par les gouvernements et les entreprises, mais aussi des choix que les gens font chaque jour : comment ils voyagent, ce qu'ils achètent, ce qu'ils portent et ce qu'ils font des choses qu'ils n'utilisent plus.
À travers l'Europe, des entrepreneurs, des associations et des gouvernements locaux testent de nouvelles façons de relever ces défis.
La transition climatique de l'Europe fait face à un fossé entre ambition et comportement quotidien.
En France, l'empreinte carbone moyenne est de 8,2 tonnes de CO2 par personne chaque année. C'est quatre fois le niveau de 2 tonnes généralement considéré comme compatible avec l'Accord de Paris.
Atteindre ce niveau nécessitera un changement à tous les niveaux. Les entreprises doivent mesurer et réduire leurs émissions. Les gouvernements doivent financer la transition, en particulier dans les pays les plus exposés au changement climatique. Les consommateurs doivent également avoir accès à des options plus durables, de l'eau potable à la réparation d'un lave-linge cassé.
Ces défis sont étroitement liés.
Une entreprise ne peut pas réduire ses émissions si elle ne les mesure pas. Un pays fortement exposé au changement climatique peut ne pas recevoir suffisamment de financement pour s'adapter. Un matériau ne peut pas remplacer le plastique à grande échelle s'il ne peut pas rivaliser sur le prix. Et lorsque un appareil cassé est jeté au lieu d'être réparé, les émissions de carbone liées à sa production sont gaspillées.
L'action climatique dépend donc de nombreux niveaux différents. Elle commence par des choix quotidiens et s'étend aux entreprises, aux gouvernements et aux finances mondiales. Chaque niveau dépend des autres.
Des solutions existent déjà.
En France, en Espagne, en Allemagne et au Royaume-Uni, des entrepreneurs et des organisations testent de nouvelles façons de faciliter les choix durables, d'améliorer la responsabilité des entreprises, de protéger les écosystèmes naturels et de diriger les investissements là où ils sont le plus nécessaires.
Voici douze approches qui montrent comment l'Europe peut transformer l'ambition climatique en actions quotidiennes.

1. Transformer la marche en une habitude climatique
WeWard a été créé en réponse à la baisse de l'activité physique dans le monde. Ses fondateurs ont choisi d'utiliser la technologie pour encourager les gens à marcher davantage.
L'idée est simple : les utilisateurs reçoivent des points et des récompenses lorsqu'ils marchent.
Contrairement aux applications conçues pour garder les gens devant leurs écrans, WeWard vise à encourager les gens à passer plus de temps à marcher. "Notre objectif n'est pas le temps d'écran, c'est le temps de marche", explique le co-fondateur Tanguy de la Villegeorges.
10 000 pas par jour est un objectif bien connu. Mais de la Villegeorges souligne des études récentes montrant que 7 000 pas par jour peuvent déjà offrir des avantages significatifs pour la santé physique et mentale.
Marcher peut également réduire les émissions lorsqu'elle remplace les trajets en voiture. "Au début, nous pensions surtout à la santé. Ce n'est que plus tard que nous avons mesuré notre impact écologique", dit-il.
WeWard compte désormais plus de 30 millions d'utilisateurs dans le monde.
Pour son co-fondateur, l'impact est facile à comprendre. "Lorsque nous recevons des remerciements de quelqu'un qui nous dit que nous l'avons aidé à marcher à nouveau, nous savons que nous avons un impact réel et positif."
Idée clé : Encourager une simple habitude quotidienne à grande échelle peut améliorer à la fois la santé publique et la mobilité.

2. Transformer les citoyens en un réseau d'alerte précoce pour les incendies de forêt
Il y a dix ans, un jeune pompier volontaire faisait face encore et encore au même problème : les gens n'avaient pas de moyen facile de trouver des informations fiables sur les incendies de forêt.
Il a créé Feux de forêt pour répondre à ce problème.
"À cette époque, les incendies de forêt étaient principalement concentrés autour de la région méditerranéenne. Aujourd'hui, ils touchent une majorité de départements français", dit le fondateur Anthony Montardy.
L'application s'appuie sur les rapports des citoyens. Après avoir contacté les services d'urgence, tout le monde peut signaler un incendie et partager des photos ou des vidéos.
Les rapports sont vérifiés à l'aide d'un score de fiabilité généré par IA, puis examinés par une équipe de bénévoles.
"Nous ne remplaçons pas les pompiers ou la préfecture. Nous rassemblons, en un seul endroit, des informations qui sont aujourd'hui dispersées à travers de nombreuses sources", explique Montardy.
L'application se concentre également sur la prévention. Les utilisateurs peuvent vérifier si un terrain est soumis à une obligation de débroussaillage et voir la zone exacte concernée.
"Feux de forêt aide à sensibiliser au fait que ce risque existe, que les gens doivent rester informés et qu'ils doivent se préparer", dit Montardy.
L'application compte désormais près de 800 000 utilisateurs.
Idée clé : Rassembler les rapports des citoyens en une seule source vérifiée peut faire de la prévention des incendies de forêt une responsabilité partagée, plutôt qu'une tâche uniquement réservée aux services d'urgence.

3. Transformer les forêts en biens communs, protégés pour toujours
Les trois quarts des forêts françaises sont privées. La plupart des propriétaires privés détiennent moins d'un hectare. Beaucoup d'entre eux vivent loin de leur terre, parfois dans un autre pays.
Forêts en Vie a été créé pour changer ce qui arrive à ces petites parcelles forestières lorsque la propriété est transférée.
L'organisation acquiert de petites parcelles forestières par le biais de dons, de cadeaux et de legs. Elle les protège ensuite de manière permanente contre la spéculation.
Une fois acquises, les forêts restent protégées de manière permanente. Elles appartiennent à une organisation à but non lucratif reconnue d'intérêt public. Elles sont mises à la disposition d'associations locales qui servent également l'intérêt public.
Les forêts ne peuvent pas revenir à la propriété privée. Elles restent disponibles pour un usage collectif.
"Nous mettons ces forêts que nous acquérons à la disposition des associations de la région", dit Nathalie Naulet, coordinatrice du développement de projet chez Forêts en Vie.
"Il s'agit vraiment de racines locales, d'un engagement à faire en sorte que les bois et les forêts génèrent de la richesse, non seulement financière, mais aussi humaine, éthique et écologique. Toutes ces activités devraient vraiment être menées par des personnes qui y vivent."
"Les forêts sont l'eau que nous buvons", explique Naulet. "Elles génèrent de l'eau, et là où il y a plus de forêts, il y a plus d'eau. Elles sont aussi l'air que nous respirons, un filtre à air remarquable. Sans elles, vous avez de graves problèmes de poussière et des vents qui ne sont plus ralentis par les arbres. Elles sont également l'endroit où se rencontrent toute une gamme d'espèces, tant animales que végétales."
Forêts en Vie est un mouvement citoyen. Tout le monde peut contribuer par un don ou en lançant un projet.
Naulet souligne également l'importance d'une rémunération équitable pour les travailleurs locaux, y compris les bûcherons et les opérateurs de débardage.
Idée clé : Retirer définitivement de petites parcelles forestières privées du marché peut les transformer en une ressource partagée et durable.

4. Transformer l'empreinte carbone d'une entreprise en un outil de gestion
En France, l'empreinte carbone moyenne est de 8,2 tonnes de CO2 par personne chaque année. C'est bien au-dessus des 2 tonnes considérées comme compatibles avec l'Accord de Paris.
Pour Anouk Jugla, réduire ce chiffre ne peut pas dépendre uniquement du comportement individuel.
Les entreprises ont également besoin d'informations claires et utiles sur leurs propres émissions. Mesurer ces émissions est la première étape vers leur réduction.
"Nous ne pouvons pas trop blâmer les individus pour un problème qui est global", dit-elle.
Les choix individuels comptent toujours. Mais la transition écologique dépend également des entreprises et des politiques publiques. L'objectif est d'éviter ce que Jugla appelle le "triangle de l'inaction", dans lequel chaque groupe s'attend à ce qu'un autre groupe agisse en premier.
Pour les entreprises, le processus commence par un audit carbone. Il identifie les principales sources d'émissions et les actions possibles pour les réduire. Ces actions varient d'un secteur à l'autre.
"Ce que nous pouvons mesurer, nous pouvons réduire", dit Jugla.
La récente réduction de la portée de certaines exigences de la CSRD européenne a ralenti certaines obligations. Mais Jugla pense que le mouvement plus large se poursuit.
De plus en plus de grandes entreprises, banques et autorités locales demandent à leurs fournisseurs de fournir des audits carbone ou incluent des critères non financiers dans leurs appels d'offres.
Carbo applique les mêmes principes à sa propre organisation. L'entreprise publie son audit carbone, encourage les voyages en train pour les déplacements professionnels et a testé une semaine de travail de quatre jours depuis 2023.
L'objectif n'est pas seulement de réduire l'impact environnemental. Il s'agit aussi de donner aux employés plus de temps.
"Récupérer du temps est un levier pour une écologie plus heureuse", explique Jugla.
Pour le responsable des ressources humaines de Carbo, créer une entreprise plus verte signifie également créer un modèle plus transparent, plus collaboratif et plus attrayant. L'objectif est de combiner performance économique, bien-être des employés et responsabilité environnementale.
Idée clé : Un audit carbone transforme un engagement climatique général en un outil de gestion mesurable que les entreprises peuvent utiliser pour agir.

5. Orienter le financement climatique vers le sud global
Seulement 3 % à 15 % du financement climatique atteint les pays à revenu faible et intermédiaire. Pourtant, ces pays sont confrontés à certains des impacts les plus forts du changement climatique et représentent une grande partie de la croissance des émissions.
Le Climate Finance Fund vise à réduire cet écart.
Son objectif est de montrer aux investisseurs que financer des solutions climatiques dans le sud global n'est pas seulement un risque. Cela peut également représenter une opportunité d'investissement.
"Nous sommes en coulisses, finançant des opportunités de changement dans le système financier", explique Marilyn Waite, directrice générale du Climate Finance Fund (CFF).
"Nous voulons nous assurer que les règles du marché fonctionnent pour les gens et la planète, ce qu'elles ne font actuellement pas. L'inertie du système est qu'il ne prend pas correctement en compte toutes ces externalités négatives des combustibles fossiles et de l'agriculture polluante, par exemple. Nous participons également directement au marché pour prouver que quelque chose perçu par les investisseurs comme non faisable pour l'action climatique l'est en réalité."
La justice sociale et l'équité sont au cœur du travail du CFF. Ils soulignent également la quantité limitée de financement climatique atteignant le sud global.
"Entre 3 et 15 % du capital climatique franchit la frontière vers les pays à revenu faible et intermédiaire connus sous le nom de sud global", dit Waite.
"C'est donc un véritable défi, car le sud global est là où la majorité de la croissance des émissions se produit, donc c'est là que la plupart des actions en termes de réduction des gaz à effet de serre sont nécessaires. C'est aussi là que le changement climatique a les plus grands impacts."
Waite a récemment choisi la Jamaïque pour accueillir le Forum mondial sur le financement climatique. Elle souligne l'exposition du pays au changement climatique et ce qu'elle appelle son "génie climatique".
"Il y a eu une innovation remarquable. La Jamaïque a été le premier pays, par exemple, à émettre une obligation de catastrophe climatique."
Les investisseurs peuvent également manquer des opportunités financières en évitant les marchés émergents.
"Les marchés émergents offrent des rendements démesurés pour un certain nombre de classes d'actifs financiers. En 2019, par exemple, la Jamaïque avait le marché boursier le plus rentable au monde. Donc beaucoup d'argent est laissé sur la table en excluant le sud global de son portefeuille."
Le CFF a également soutenu une base de données accessible au public d'entreprises de solutions climatiques listées à travers le sud global.
Elle comprend des entreprises travaillant dans des domaines tels que l'énergie éolienne en Jamaïque, l'énergie géothermique en Indonésie et l'énergie solaire en Namibie.
"Nous devons aider à motiver et à inciter les investisseurs à allouer le capital à ces domaines", dit Waite.
Idée clé : Diriger le financement climatique vers les régions les plus touchées par le changement climatique peut soutenir l'action climatique tout en créant des opportunités d'investissement.

6. Transformer le carbone capturé en matériaux de construction, carburant et nourriture
Nicholas Chadwick, Shiladitya Ghosh et Gaël Gobaille-Shaw sont un chimiste, un ingénieur chimiste et un électrochimiste.
Ils se sont réunis autour d'une observation commune : l'excès de CO2 est une cause majeure du changement climatique, tandis que la même molécule peut également être utilisée comme matière première.
Leur idée est de capturer le dioxyde de carbone directement dans l'air et de l'utiliser, plutôt que de le stocker simplement sous terre.
Mission Zero utilise la technologie de capture directe de l'air et une ingénierie sur mesure pour éliminer le CO2 de l'atmosphère.
Le CO2 capturé peut ensuite être utilisé par d'autres industries au lieu d'être traité uniquement comme un déchet.
Les applications possibles incluent des matériaux de construction, de la nourriture et du carburant pour l'aviation. Il peut même être utilisé pour fabriquer de la vodka.
Chaque application donne une utilité pratique au carbone capturé.
Comme le disent les trois fondateurs : "[L'humanité] fait face à un événement d'extinction largement causé par des quantités excessives de CO2, alors que nous avons d'innombrables utilisations pour ce CO2."
Idée clé : Capturer le CO2 devient plus utile lorsque le carbone capturé peut être utilisé comme matière première par d'autres industries.

7. Transformer les déchets végétaux en un matériau qui ne laisse aucune trace
Le plastique est fabriqué à partir de molécules artificielles et est conçu pour être durable. Cela rend son élimination difficile. Une grande partie n'est pas recyclée et finit dans l'environnement.
Traceless vise à fournir une autre option.
L'entreprise utilise des résidus végétaux issus de la production alimentaire et de bioéthanol pour créer une alternative naturelle au plastique.
Anne Lamp a développé le processus original de transformation de ces résidus végétaux en un nouveau matériau. Elle a ensuite fondé traceless à Hambourg.
L'entreprise a évolué à partir de cette idée pour devenir une petite entreprise industrielle avec un marché mondial.
"Traceless signifie ne laisser aucune trace. C'est le grand avantage de nos matériaux : ils sont conçus pour s'intégrer dans le cycle biologique. Cela signifie qu'ils sont 100 % d'origine naturelle, et après utilisation, ils ne laissent aucune trace nocive", explique Thoma.
Le matériau est produit sous forme de granulés. Ce n'est ni du plastique conventionnel ni du bioplastique. Il appartient à une catégorie différente.
"Le terme techniquement correct est un polymère naturel, c'est-à-dire une substance naturelle qui s'est formée au niveau moléculaire dans la nature. Ce que nous faisons, c'est prendre des molécules naturelles qui ont poussé dans la plante, les extraire de ces résidus végétaux, et les utiliser exactement telles qu'elles sont dans nos matériaux."
Selon Thoma, le matériau ressemble et fonctionne comme du plastique.
Il présente également plusieurs autres avantages. Il est fabriqué à partir de matériaux naturels, peut retourner au cycle biologique après utilisation, nécessite relativement peu d'énergie pour sa production et peut réduire la dépendance aux matières premières fossiles. Il est également biodégradable et peut être composté.
Pour que le matériau soit utilisé à plus grande échelle, Thoma pense que les réglementations doivent également changer.
Le plastique reste moins cher que les alternatives naturelles comme traceless, même après les récentes augmentations de prix. Une façon d'encourager les entreprises à investir dans des matériaux biosourcés serait de changer la façon dont le CO2 est tarifé.
Idée clé : Un matériau peut remplacer le plastique à grande échelle uniquement s'il offre des performances comparables et un prix compétitif. Cela fait du prix du carbone une partie importante de la transition.

8. Transformer les produits "moches" en un marché à part entière
Près de 11 millions de tonnes de nourriture sont jetées en Allemagne chaque année, selon l'Agence fédérale de l'environnement.
Une partie du gaspillage alimentaire commence par la façon dont les fruits et légumes sont triés.
L'idée derrière Querfeld est de donner aux fruits et légumes qui ne répondent pas aux normes esthétiques un véritable marché au lieu de les envoyer à la poubelle.
Les fruits et légumes doivent répondre à certaines normes, principalement en termes de poids et de forme, pour être classés comme "de première qualité".
Les produits qui sont mal formés, marqués, trop gros ou trop petits sont classés comme "de seconde qualité", même s'ils sont parfaitement adaptés à la consommation.
Querfeld a été initialement créé en tant qu'entreprise de marketing pour sensibiliser à ce type de gaspillage alimentaire et au manque de valeur accordée à ces produits.
Elle est ensuite devenue une entreprise de gros. Aujourd'hui, Querfeld vend des produits de seconde qualité à des clients tels que des crèches, des cantines et des restaurants.
"Nous voulons explicitement éviter les marchandises stockées. C'est pourquoi nous ne commandons pas de grandes quantités en espérant qu'elles soient achetées, car nous revenons alors aux pertes alimentaires que nous essayons d'éviter", explique Yana Graf, coordinatrice de Querfeld.
Le processus est organisé autour de la demande. Querfeld partage les offres des producteurs avec les clients. Les clients passent leurs commandes, et les produits sont livrés après la récolte.
"Au cours des dix dernières années, nous avons définitivement sauvé 2,4 millions de tonnes de nourriture, spécifiquement des produits de seconde qualité. Mais nous vendons également des produits de première qualité de nos producteurs, afin que la logistique en vaille la peine", dit Graf.
Pour Graf, une logistique efficace est essentielle. Les itinéraires de livraison doivent être organisés de manière à maintenir le transport efficace, abordable et aussi faible en émissions de CO2 que possible.
Les clients doivent également comprendre que les produits de seconde qualité nécessitent toujours les mêmes ressources que les autres aliments.
"La plante a été plantée, elle a utilisé des terres, elle a eu besoin d'eau pour pousser, des gens l'ont récoltée et transportée. Tout cela coûte le même prix. C'est simplement vendu un peu moins cher à cause de sa forme", explique-t-elle.
Des initiatives telles que Kantine Zukunft aident à promouvoir les produits bio et de seconde qualité. Mais rendre le modèle économiquement durable reste difficile.
Graf espère que cela changera et continue de travailler vers cet objectif.
Idée clé : Le gaspillage alimentaire peut commencer par l'apparence plutôt que par la qualité des aliments. Créer un marché pour les produits imparfaits aide à préserver la valeur des aliments qui sont encore parfaitement utilisables.

9. Transformer l'eau en bouteille en puits pour ceux qui n'en ont pas
Les fondateurs d'Auara ont vu de première main le manque d'accès à l'eau potable dans des pays comme l'Éthiopie et le Cambodge.
Ils ont également vu ses conséquences sur la santé, l'éducation et la nutrition.
Ils ont décidé d'utiliser un produit quotidien, l'eau en bouteille, pour financer des infrastructures hydrauliques.
L'idée est simple : vendre de l'eau en bouteille comme n'importe quelle autre marque et utiliser une partie du profit pour financer des puits, des systèmes d'assainissement et la collecte des eaux de pluie dans des communautés vulnérables.
Une fois les coûts d'exploitation couverts et une partie des bénéfices réinvestie dans la croissance de l'entreprise, le reste des bénéfices est utilisé pour financer ces projets.
"Nous voulions rivaliser avec un véritable produit et prouver qu'il est possible de faire des affaires tout en générant un impact social et environnemental positif", explique Pablo Urbano, co-fondateur d'Auara.
Depuis plus de dix ans, l'entreprise soutient des centaines de projets dans plusieurs pays et a aidé à fournir de l'eau potable à des milliers de personnes.
Dans un marché dominé par de grandes entreprises multinationales, Auara utilise également des emballages recyclés et des pratiques d'économie circulaire.
Son modèle montre comment un achat quotidien peut contribuer à un changement social et environnemental. Il montre également que la rentabilité et l'impact peuvent être combinés au sein de la même entreprise.
Idée clé : Un produit quotidien peut générer un financement régulier pour des infrastructures essentielles lorsque une partie de son profit est dédiée à des projets sociaux et environnementaux.

10. Transformer la couture en une leçon sur la valeur des choses
Planeta Dots visite des écoles, des villages, des entreprises et des communautés rurales.
Son objectif est d'utiliser la couture comme moyen d'aider les gens à réfléchir à la valeur des objets du quotidien.
Les ateliers encouragent les participants à ralentir et à comprendre combien de temps et de travail il faut pour fabriquer les vêtements qu'ils portent.
"La couture rend la valeur des choses visible. Nous vivons entourés de vêtements, nous passons devant eux en courant, nous consommons sans réfléchir, mais nous n'avons aucune idée du temps que ce travail prend réellement", explique Roser Giralt.
Les ateliers rassemblent des enfants d'écoles élémentaires, des employés et d'autres groupes.
"Nous regardons les visages des autres, et soudain l'enfant qui avait autrefois le temps pour cela, pour s'arrêter et faire quelque chose, renaît."
En 2022, une panne grave a empêché la caravane itinérante du projet de fonctionner.
L'incident est devenu un test pour la communauté autour du projet. La réponse de son réseau a montré aux fondateurs la force de ces relations.
"Ce sont des impacts qui ne rentrent pas dans un tableur, mais nous savons qu'ils comptent", reconnaissent les fondateurs.
"Un projet a besoin de valeurs, de stratégie, de durabilité financière, de capacité d'adaptation. Une grande partie de notre croissance est venue de lever les yeux de notre propre atelier et de regarder parmi les gens qui nous entourent pour construire des alliances", disent Lorena Heras et Roser Giralt, les deux fondatrices.
Ils avertissent également que de bonnes intentions ne suffisent pas pour construire un projet d'économie circulaire réussi.
Idée clé : L'impact d'un projet n'est pas toujours facile à mesurer. La communauté qu'il crée peut devenir une source de force importante, surtout en période de crise.

11. Transformer l'huile de cuisson usagée en produits de nettoyage, sur place
Souji a été créé pour répondre à un problème courant : que faire de l'huile de cuisson usagée.
Catalina Trujillo, co-fondatrice de l'entreprise, a vu ce déchet comme une opportunité de créer de la valeur et de réduire l'impact environnemental.
L'idée est de permettre aux restaurants et aux hôtels de transformer leur propre huile de cuisson usagée en produits de nettoyage sur place, au lieu de transporter l'huile ailleurs en tant que déchet.
Avec son partenaire Sergio Fernández, Trujillo a adapté les connaissances traditionnelles sur la fabrication de savon à partir de graisses en une solution moderne.
Après plus de trois ans de recherche, ils ont développé une formulation qui peut transformer l'huile usagée en produits de nettoyage en quelques minutes.
Le processus ne nécessite pas de substances corrosives ou toxiques et ne nécessite pas de chaleur.
Comme l'explique Trujillo, cela permet de "réaliser le même résultat, cette transformation de l'huile en produits de nettoyage, mais de manière inoffensive... sans corrosifs, sans toxines, en quelques minutes."
Souji se concentre désormais sur le secteur de l'hôtellerie.
L'entreprise a développé un dispositif permettant aux restaurants, hôtels et cafés de transformer leurs propres déchets en produits qu'ils peuvent utiliser au quotidien.
Le modèle peut réduire les coûts de transport et de gestion des déchets. Il change également la façon dont l'un des flux de déchets les plus courants dans le secteur alimentaire est géré.
Idée clé : Traiter les déchets là où ils sont produits peut réduire le transport et transformer un problème d'élimination en un produit utile.

12. Transformer la réparation d'appareils en une compétence stratégique
Guy Pezaku et ses quatre co-fondateurs voulaient s'attaquer à un problème spécifique : trop d'appareils électroménagers sont jetés au lieu d'être réparés.
En même temps, la France a de moins en moins de techniciens de réparation qualifiés.
Leur idée était de construire un réseau de réparation national avec des techniciens salariés et de créer des programmes de formation pour développer de nouvelles compétences de réparation.
"Au départ, nous voulions résoudre le problème de la surconsommation d'appareils électroménagers", explique Guy Pezaku.
"Nous nous sommes donc réunis avec mes quatre autres co-fondateurs pour construire un service de réparation qui fonctionne efficacement partout en France, avec des techniciens salariés."
La pénurie de techniciens a conduit l'entreprise à créer sa propre organisation de formation.
Murfy permet désormais à près de 60 % des ménages français de trouver un technicien capable d'intervenir dans les 24 heures pour réparer un appareil.
L'entreprise est le leader de la réparation d'appareils hors garantie en France. Elle répare des appareils dans plus de 83 % des cas. Dans un cas sur deux, aucune pièce de rechange n'est nécessaire.
"Parce que le meilleur réfrigérateur est celui qui est déjà dans votre cuisine", dit Pezaku.
L'entreprise a ensuite élargi ses activités à l'énergie domestique.
"Nous nous sommes alors demandé comment aller plus loin avec notre mission sociale et environnementale", se souvient Pezaku.
"Nous avons donc lancé des activités autour de l'énergie domestique : installation et maintenance de panneaux solaires, ainsi que de systèmes de chauffage tels que des pompes à chaleur."
Produire un lave-linge génère environ 300 kg de CO2, y compris les émissions provenant de l'extraction des matériaux, de la fabrication, de l'assemblage et de la distribution.
Réparer un lave-linge génère environ 12 kg de CO2.
"Il s'agit donc à la fois d'une question de souveraineté française et d'indépendance des ménages, et d'un moyen de réduire notre empreinte environnementale en réduisant nos émissions de CO2", explique Pezaku.
"Nous faisons partie d'un mouvement d'entreprises qui essaient de changer les choses, et c'est la somme de tous ces efforts collectifs qui crée le changement", dit Pezaku.
"Nous sommes fiers de ce que nous faisons, et c'est ce qui motive nos équipes chaque jour. Pendant 30 ans, nous avons dit aux jeunes que le progrès signifie acheter des produits bon marché fabriqués de l'autre côté du monde, donc nous avons cessé de former des gens aux métiers techniques. Développer ces compétences à travers les régions françaises est un enjeu stratégique pour le pays."
Idée clé : Former davantage de techniciens de réparation peut faciliter l'accès à la réparation et réduire l'impact environnemental des appareils électroménagers.
Douze approches, un défi européen
Ces douze initiatives abordent différentes parties de la transition climatique de l'Europe.
WeWard encourage les gens à marcher davantage. Feux de forêt utilise les rapports des citoyens pour améliorer les informations sur les incendies de forêt. Forêts en Vie protège les petites forêts privées en tant que ressource partagée. Carbo aide les entreprises à mesurer leurs émissions et à identifier des moyens de les réduire.
Le Climate Finance Fund travaille à diriger le financement climatique vers le sud global. Mission Zero utilise le CO2 capturé comme matière première. Traceless utilise des résidus végétaux pour créer une alternative au plastique.
Querfeld crée un marché pour les fruits et légumes qui ne répondent pas aux normes esthétiques. Auara utilise les bénéfices de l'eau en bouteille pour financer des infrastructures hydrauliques.
Planeta Dots utilise la couture pour aider les gens à comprendre la valeur des objets du quotidien. Souji transforme l'huile de cuisson usagée en produits de nettoyage sur place. Murfy forme des techniciens et facilite l'accès à la réparation des appareils.
Ces initiatives ne suivent pas un modèle unique pour la transition climatique de l'Europe.
Au contraire, elles montrent que l'action climatique peut commencer à de nombreux points différents.
Elle peut commencer par des habitudes quotidiennes, comme marcher, choisir un produit ou réparer un appareil.
Elle peut dépendre des entreprises et des investisseurs qui mesurent les émissions et l'impact environnemental, puis agissent sur ces informations.
Elle peut nécessiter de nouvelles approches en matière de matériaux, d'énergie et de déchets, afin que les ressources soient réutilisées plutôt que jetées.
Elle peut également dépendre de la protection des écosystèmes naturels tels que les forêts, qui soutiennent la transition climatique plus large.
Les initiatives présentées ici proviennent de France, d'Allemagne, d'Espagne et du Royaume-Uni.
Ils utilisent des outils très différents : une application de marche, un audit carbone, une base de données de financement climatique, un nouveau matériau ou un réseau de réparation.
Mais elles partagent une idée commune.
Réduire les émissions n'est pas seulement une question d'ambition. L'action climatique devient efficace lorsque les bonnes habitudes, matériaux, capitaux et protections sont disponibles pour les personnes et les organisations qui peuvent agir.
L'Europe n'a pas besoin d'inventer chaque solution depuis le début.
Certaines de ces solutions existent déjà.
Le défi maintenant est de les faire mieux connaître, de les connecter et d'aider davantage de personnes à en bénéficier.











