Marie Donzel est directrice associée chez AlterNego et experte des sujets d’inclusion et d’innovation sociale. Dans cette interview, elle revient sur l'impact des inégalités femmes/hommes au travail.
A l’occasion de la pause estivale, les équipes d’impact.info vous propose de (ré) écouter l’un de nos épisodes publié cette année. Il s’agit de la mise en lumière du témoignage de Marie Donzel directrice associée chez AlterNego .
Bonne écoute !
Juliette Boulegon
Journaliste impact.info
Publié le 23 août 2024
Paroles Audio en Français· Transcription générée par IA
0:00 Bonjour, c'est Juliette et bienvenue dans le podcast de celles et ceux qui veulent faire 0:09 bouger les lignes au sein de leur entreprise. 0:11 L'écart salarial entre les femmes et les hommes est une problématique qui perdure 0:15 et qui continue de creuser les inégalités au sein des entreprises. 0:19 Mais alors comment en venir à bout ? Cela fait partie des sujets dont s'occupe Marie 0:24 Donzel, directrice associée et experte inclusion et innovation sociale chez Alternego. 0:30 Bonjour Juliette, alors je suis Marie Donzel, j'ai 47 ans, je suis née à Annecy et à 0:36 l'heure actuelle j'ai deux métiers à plein temps, j'en ai un qui est d'être 0:39 directrice associée au sein du cabinet Alternego et l'autre qui est d'être maman 0:44 en monoparentalité d'une adolescente. 0:46 On va rentrer directement dans le vif du sujet si vous le voulez bien, on en est où 0:51 aujourd'hui concernant l'égalité femmes-hommes au travail ? 0:54 Eh bien on n'est pas aussi avancé qu'on l'aimerait, qu'on le voudrait, qu'on 0:59 a tendance à le dire, on a des vrais points d'achoppement, des curseurs qu'on n'arrive 1:07 pas du tout à faire bouger, à commencer par celui de la problématique des rémunérations. 1:13 D'accord, est-ce que vous avez des chiffres pour nous aiguiller un petit peu, qu'on 1:17 comprenne schématiquement où on se trouve ? 1:19 Alors, schématiquement en fait, les chiffres, par exemple sur les rémunérations vont 1:24 précisément à la fois indiquer où on se trouve et pourquoi est-ce qu'on n'avance 1:28 pas. 1:29 Parce qu'en fait on se trouve avec des chiffres très différents selon les méthodes de 1:32 calcul. 1:33 Si on prend une méthode globale qui est les écarts de richesse et de revenus, on va être 1:38 autour de 22-24% d'écarts de rémunération entre les femmes et les hommes. 1:43 Mais si par exemple on prend la méthode issue de la décomposition Blinder et Oksaka, on 1:49 tombe à 8%. 1:50 Alors 8%, ça reste déjà un niveau d'écart de rémunération relativement important. 1:56 Mais surtout ce qu'il faut voir, c'est que dans cet écart de rémunération de 8%, 2:01 il n'y a que l'écart discriminatoire au sens propre du terme. 2:04 C'est-à-dire que dans cet écart de 8%, on a retiré plein d'autres éléments qui 2:09 sont facteurs d'inégalité, comme les sujets de mixité des métiers, comme les 2:13 sujets d'écart de temps de travail. 2:16 En fait, en passant à 8%, non seulement on évite une large partie du sujet des inégalités, 2:21 et en plus on reste quand même à un taux très élevé des discriminations. 2:24 Mais selon vous, pourquoi ces inégalités persistent encore ? 2:27 En réalité, lutter contre les inégalités salariales entre les femmes et les hommes, 2:34 c'est profondément destructif pour la société. 2:37 Les inégalités entre les femmes et les hommes, ça vient chercher du côté des modèles 2:43 de production. 2:44 Ça vient chercher du côté du temps de travail et de ce qu'on appelle la productivité. 2:49 Ça vient même chercher du côté des critères de performance. 2:52 Aujourd'hui, les critères de performance tels qu'on les connaît, que ce soit à l'échelle 2:56 des entreprises ou à l'échelle de tout un pays avec le PIB, sont clairement de nature 3:02 à invisibiliser tout un travail des femmes, et en l'invisibilisant, à le rendre gratuit. 3:09 Ça, ce n'est pas moi qui le dis, c'est Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, qui au début 3:14 des années 2000, avait quand même établi que dans le PIB, il y avait 33% de travail 3:21 non compté, et notamment tout le travail qui est en lien avec ce qu'on appelle aujourd'hui 3:27 le CAIR. 3:28 Et donc en fait, il y a toute une valeur, toute une richesse qui est produite et qui 3:31 est largement produite par les femmes, qui n'est pas comptabilisée et qui ne répond 3:36 pas à des critères de performance, alors que de toute évidence, ça tient les entreprises, 3:41 ça tient l'économie, ça tient la société. 3:43 Alors dans ce cas, quel est le rôle des dirigeants ? 3:46 Le rôle des dirigeants, c'est d'abord une posture d'humilité et de lucidité par rapport 3:53 à ce fait social majeur auquel on se heurte. 3:58 On ne peut pas être contre les inégalités salariales si on ne regarde pas comment chez 4:04 soi, à l'intérieur de son entreprise, les choses se passent, et si on n'a pas une autre 4:09 volonté que celle d'effacer les écarts lisibles sur la comptabilité, on a une véritable 4:15 volonté de changer de modèle. 4:17 Moi, j'ai beaucoup de mal à entendre encore des dirigeants me dire « je suis contre les 4:22 inégalités salariales » et en même temps, chez moi, il n'y en a pas, chez toi, il n'y 4:26 en a pas, n'empêche que si je regarde les plus grosses rémunérations, il se trouve 4:30 que c'est des hommes. 4:31 Et là, on me dit « ah bah oui, mais c'est parce qu'ils ont des postes de direction ». 4:35 Et bah oui, mais donc comment se fait-il que ton organisation qui comporte par exemple 4:41 50, 60, parfois 70% de femmes dans l'effectif ne soit pas capable de mener à des postes 4:48 de direction des femmes ? Ça, il faut le regarder avec humilité et lucidité. 4:53 Et ensuite, il s'agit de prendre des actions extrêmement concrètes et fortes. 4:59 Moi, je défends complètement par exemple le budget de rattrapage salarial. 5:05 Il y a des moments où on le voit, on observe qu'il y a des décrochages. 5:09 Alors, il y a plein de raisons pour lesquelles ça décroche. 5:11 Ça décroche parce que les femmes demandent moins souvent des augmentations que les hommes. 5:15 Ça décroche parce qu'il y a des passages à des promotions qui font des vrais tremplins 5:22 salariaux alors que d'autres passages ne font pas ces faits tremplins. 5:26 Et bien, j'ai envie de dire, tous les 3, 4, 5 ans, il faut pouvoir faire des remises 5:31 à niveau. 5:32 Donc ça, par exemple, moi je le défends. 5:33 À quel endroit ça a décroché et pourquoi ? Et est-ce que là, je n'ai pas des trucs 5:37 dans ma manière de fonctionner, dans mon business model, dans mes KPI qui ne vont pas ? 5:42 Et c'est difficile ça pour eux ? Est-ce que vous avez pu le constater qu'en entreprise 5:46 et notamment pour les dirigeants, c'est difficile de briser un petit peu ces croyances finalement ? 5:51 Oui, c'est difficile de briser les croyances évidemment. 5:55 Et qui plus est, si briser les croyances induit une forme d'amende, le fait de devoir prendre 6:03 des conséquences budgétaires immédiatement. 6:06 Tout ce temps qu'on est, on préfère penser à l'argent qu'on pourra dépenser pour investir 6:11 plutôt que à la dette que l'on doit régler. 6:14 Donc en fait, en touchant quand même à l'âme du dirigeant qui cherche la pérennité, la 6:21 durabilité et même la transmission de son entreprise, on arrive quand même à les faire 6:28 bouger. 6:29 Et alors, la question va paraître peut-être un peu antinomique vu le sujet, mais quel 6:33 est le rôle des femmes dans tout ça ? Et quels a priori, elles doivent réussir à 6:38 briser les concernants notamment ? 6:40 Alors, le rôle des femmes, vous savez comme moi que ça fait à peu près 20-25 ans qu'on 6:45 leur dit qu'il faut qu'elles fassent sauter le plafond de verre qui est dans leur tête, 6:50 qu'il faut qu'elles aient plus confiance en elles, qu'elles soient plus assertives. 6:54 Et moi, j'ai un peu appelé ça parfois l'école des femmes, un petit peu comme si il fallait 6:58 renvoyer les femmes à l'école du monde du travail et du monde du pouvoir, parce que 7:04 les hommes seraient naturellement adaptés à ce monde-là et qu'elles, en revanche, 7:08 elles auraient des vraies difficultés à s'y adapter. 7:10 Je suis, comme vous l'avez compris Juliette, extrêmement critique sur ce logiciel aujourd'hui. 7:14 Moi, je pense que ce que les femmes peuvent faire et ont intérêt à faire, même si 7:19 ce n'est pas si facile, c'est ce qu'on appelle la sororité. 7:22 Moi, j'ai monté il y a une quinzaine d'années un certain nombre de réseaux féminins dans 7:27 des entreprises et à l'époque, il se passait quelque chose de miraculeux en même temps 7:32 que très simple, c'est que la première réaction des femmes quand elles se parlaient, 7:36 c'était « ah, mais toi aussi tu vis ça, je croyais que j'étais toute seule ». 7:40 En fait, il y a une systémie dont ensemble nous sommes, sinon victimes en tout cas, nous 7:46 sommes ensemble en capacité de lutter contre et de porter des sujets. 7:51 Donc pour moi, il faut arrêter quand même de dire là maintenant aux femmes qu'elles 7:58 doivent toujours en faire plus et se développer et avoir plus confiance en elles et développer 8:04 des soft skills. 8:05 Les hommes comme les femmes en ont autant besoin les uns que les autres, des soft skills. 8:09 En revanche, il faut encourager les femmes à être des actrices de la montée de toutes. 8:15 On va poser la question à l'inverse, quel est le rôle des hommes et en particulier 8:19 de leurs collègues au sein d'une entreprise ? 8:21 Le rôle des hommes, vous le savez sans doute comme moi, Juliette, il a été très profondément 8:28 étudié notamment par Francis Dupuy-Derry sur jusqu'où en fait les hommes ont leur 8:35 place dans ce combat. 8:37 Bon, pour moi, le rôle des hommes, il est à deux endroits. 8:41 Il est à l'endroit effectivement du fait d'être de bons alliés et de bons alliés, 8:47 ça commence en fait par l'autre endroit, c'est-à-dire la conscientisation des avantages 8:56 qu'ils ont de fait, pas d'intention, pas de volonté, les avantages qu'ils ont de fait 9:04 dans une société patriarcale et dans des modèles économiques qui leur sont favorables. 9:09 Donc pour moi, par exemple, là encore c'est des choses extrêmement concrètes, mais ne 9:14 plus jamais couper la parole à une femme, c'est un petit rien mais qui change le mindset. 9:20 Et qu'est-ce que ça produit chez moi ? Le fait de ne plus jamais couper la parole à 9:24 une femme, même si elle parle trop, même si elle dit des trucs pas intéressants, etc. 9:28 Eh bien, ça produit une conscientisation aiguë de ce que ça signifie de ne pas avoir 9:34 la parole quand on veut la voir, à chaque fois qu'on veut la voir. 9:43 Marie, pour terminer, je ne sais pas si vous le savez, mais 16 ans, c'est l'âge légal 9:47 en France pour créer sa première entreprise et donc je demande à tous mes invités, qu'est-ce 9:53 que vous rêviez de faire lorsque vous aviez 16 ans ? 9:55 Eh bien, quand j'avais 16 ans, Juliette, je rêvais d'être avocate et je n'exclus 10:00 pas de le devenir un jour, puisque c'est un métier, vous le savez peut-être, qu'on 10:04 peut faire toute sa vie, il n'y a pas de limite d'âge. 10:07 On a vu des gens qui, à la retraite, devenaient avocats, notamment sur des sujets essentiels 10:14 comme par exemple le droit des immigrés, le droit des enfants, le droit des femmes. 10:20 Donc, je ne suis pas encore en retraite, mais je n'exclus pas du tout à la retraite 10:25 ou avant de réaliser mon rêve de quand j'allais 16 ans. 10:28 Merci à Marie Donzel, qui est, je le rappelle, la directrice associée chez Alternego. 10:32 Et cette interview, vous pourrez bien entendu la retrouver sur notre site impact.info, rubrique 10:38 insertion qui regroupe tous les épisodes portant sur l'employabilité des plus fragiles. 10:49 Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org Intégrer cette interview sur votre site
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