Gérer des conflits en entreprise, qu’elle soit grande ou petite, peut être délicat. Pourtant c’est primordial si l’on souhaite maintenir une bonne cohésion au sein de l'organisation. Julien Ohana en a fait son expertise grâce à son entreprise Alternego.
A l’occasion de la pause estivale, les équipes d’impact.info vous propose de (ré) écouter l’un de nos épisodes publié cette année. Il s’agit de la mise en lumière du témoignage de Julien Ohana fondateur de l'entreprise Alternego .
Bonne écoute !
Juliette Boulegon
Journaliste impact.info
Publié le 20 août 2024
Paroles Audio en Français· Transcription générée par IA
0:00 Bonjour, c'est Juliette, et bienvenue dans le podcast de celles et ceux qui veulent faire 0:09 bouger les lignes au sein de leur entreprise. 0:11 Des conflits au sein des entreprises, il y en a eu, il y en a, et il y en aura. 0:16 Des plus petits aux plus épineux, ça fait partie courante d'une société. 0:21 Et parfois, en interne, il se peut que cela soit trop complexe à régler, et c'est là 0:26 que la société Alternego, de notre invité du jour, Julien Oana, intervient. 0:30 Je m'appelle Julien Oana, j'ai 43 ans, je suis né à Paris, 13e arrondissement, 0:38 11 mars 1980, et actuellement, je suis associé fondateur et dirigeant de la société Alternego, 0:45 qui est une société de conseils, de formation, d'accompagnement et de recherche sur le domaine 0:50 et des expertises RH, tous les sujets qui sont liés à la conflictualité en entreprise. 0:56 Julien Oana, pour cette première question, est-ce que vous pouvez nous expliquer précisément 1:01 ce que vous faites au sein d'Alternego ? 1:03 Alors, je suis conférencier, consultant, formateur et dirigeant, et en tant que dirigeant 1:12 associé, puisque j'ai deux associés avec qui je dirige historiquement le cabinet depuis 1:17 maintenant 13 ans. 1:19 Je suis en charge plus particulièrement du développement et de la croissance externe. 1:23 Et l'idée de fonder et de créer cette entreprise, elle est partie de quoi ? 1:28 En sortant de mon école de commerce, j'ai tout de suite senti que j'avais envie d'entreprendre. 1:34 J'ai commencé par créer une agence de communication avec des amis, et en 2004, j'ai justement 1:40 un copain, Ricardo Querasnuel, qui était avec moi sur les bancs de l'école, qui est 1:45 venu me chercher pour démarrer une grande mission pour les Nations Unies, pour la FAO, 1:50 autour des négociations multipartite. 1:52 Donc, j'ai eu la chance de travailler pour cette grande institution en parallèle de mon 1:57 agence de communication, et donc de me passionner sur le sujet de négociation. 2:01 Et finalement, je me suis rendu compte que c'était tellement ma passion qu'il fallait 2:03 que j'en fasse une entreprise. 2:05 Et en 2009, j'ai revu Ricardo Querasnuel, qui m'a présenté Jean-Édouard Grézy pour 2:11 fonder un cabinet externe de ces sujets de négociation et de gestion de conflit. 2:14 Oui, alors j'imagine que notre question du jour, à savoir pourquoi ne pas enseigner 2:19 l'art de la paix aux dirigeants, vous inspire. 2:22 Alors, c'est déjà une excellente question. 2:25 Quand on a créé le cabinet alternégo, on utilisait une phrase d'Edgar Morin, il disait 2:29 « nulle part on nous enseigne à nous comprendre les uns les autres ». Et je pense que de 2:33 ce point de vue-là, il avait absolument raison. 2:35 Depuis 2000, et notamment grâce à un grand monsieur qui est un mentor pour moi, qui s'appelle 2:41 Alain Lempereur, on a commencé à enseigner l'art de la négociation. 2:44 Alors, je ne sais pas si c'est exactement l'art de la paix, mais d'une certaine manière, 2:48 c'est déjà une façon d'essayer de trouver un terrain d'entente à plusieurs. 2:51 L'art de la négociation a commencé à être enseigné dans les écoles de commerce, 2:55 notamment à Harvard et au MIT, avec un programme qui s'appelle le PON, le Programme of Negotiation, 3:00 dans les années 70-80. 3:02 Et puis, il a été importé d'abord par des entreprises en France pour proposer des 3:08 formations à d'autres entreprises privées. 3:10 Et puis, dans le secteur universitaire et académique, et notamment des écoles de commerce 3:15 en 1996 avec Alain Lempereur. 3:17 Et depuis, de plus en plus, sont nées dans des écoles de commerce des vrais programmes 3:22 d'accompagnement, de formation à la négociation. 3:25 Ce qui est vrai, c'est que ce n'est pas souvent des cours obligatoires. 3:29 Ce n'est pas des choses qu'on enseigne suffisamment. 3:33 Pourtant, c'est quand même ce à quoi on est le plus confronté en entreprise, c'est-à-dire 3:39 la capacité à négocier, donc d'une certaine façon, à faire avec l'autre. 3:43 C'est une façon de faire la paix. 3:45 Et au fond, vous, c'est ce que vous appliquez aujourd'hui avec Alternego ? 3:48 Nous, c'est exactement ce qu'on applique. 3:50 On parle de ce qu'on appelle la conflictualité productive. 3:53 Quand on se présente, on dit qu'on est des experts de la conflictualité. 3:56 Comprenez bien qu'aujourd'hui, on aborde le sujet de l'inclusion, de la diversité, 3:59 des risques psychosociaux, de la souffrance au travail. 4:01 Ce n'est pas des sujets sur lesquels on peut avoir des avis tranchés. 4:04 C'est l'idée de la conflictualité productive. 4:07 C'est de dire que le conflit n'est pas un problème en soi, c'est la manière de le 4:11 traiter qui en est un. 4:12 Comment est-ce qu'on fait pour amener les gens autour de la table à avoir un dialogue 4:15 constructif autour de ces sujets pour réussir à trouver des solutions et à sortir par 4:20 le haut dans les meilleures conditions possibles ? 4:22 Le conflit, il est partout, il est omniprésent. 4:24 J'aime bien cet exemple. 4:25 Est-ce que vous savez quel est le pays le moins conflictuel au monde, Juliette ? 4:28 Oui, je dirais forcément les pays du Nord, Danemark, tout ça, je n'en sais rien, 4:33 mais qui sont toujours numéro un pour tout. 4:34 Le pays le moins conflictuel au monde, c'est la Corée du Nord. 4:37 Ah, wow ! 4:38 Il n'y a pas de conflit en Corée du Nord. 4:40 Oui, quand vous êtes dans une dictature, vous n'avez pas de conflit a priori, en tout 4:45 cas pas de conflit visible. 4:46 Et donc, on voit bien qu'en fait, l'absence de conflit, elle ne dit pas grand chose de 4:50 la maturité et la dimension démocratique d'un pays. 4:52 Donc, ce qui est intéressant, c'est de voir comment est-ce qu'on peut aborder le 4:56 conflit parce qu'il est indispensable à l'innovation, il est indispensable à 5:00 l'évolution. 5:01 Mais comment est-ce qu'on peut l'aborder de façon intelligente ? 5:04 On a tendance à dire que les couples qui durent le plus ne sont pas les couples qui 5:08 s'engueulent le moins, mais ceux qui s'engueulent le mieux. 5:11 C'est exactement pareil dans le monde de l'entreprise. 5:13 Et alors, selon vous, c'est quoi le plus dur pour un entrepreneur ? 5:16 Est-ce que c'est de faire accepter qu'il y a un conflit ou de faire perdurer cet 5:21 état de paix ? 5:22 Non, c'est justement de montrer que paix et conflits ne sont pas indissociables. 5:27 C'est-à-dire que pour que la paix se poursuive, il faut accepter d'aborder les 5:32 problèmes. Il ne faut surtout pas mettre les conflits comme la poussière sous le 5:35 tapis. 5:36 Non, il y a plein de micro-conflits individuels, collectifs. 5:39 C'est normal. 5:41 On est confrontés à ce que nous appelons des dialectiques du travail, en même temps 5:45 qu'elles veulent respecter le bien-être de ses collaborateurs, la santé 5:48 psychologique de ses équipes. 5:50 Vous comprenez bien que c'est quand même un sujet qui n'est pas simple à résoudre. 5:53 Essayez de traiter le sujet le plus en amont possible, plutôt que de faire appel 5:58 à nous quand on doit éteindre l'incendie. 6:00 Quelles sont les raisons pour lesquelles on vous appelle ? 6:02 Est-ce que vous avez des exemples à nous donner, des conflits types, si je 6:06 puis dire ? 6:06 Oui, les conflits qui, en ce moment, sont les plus médiatiques et les plus 6:11 visibles sont ceux qui sont liés, par exemple, aux agissements sexistes. 6:14 Quand vous êtes confronté dans une organisation à une situation comme 6:18 celle-là, comment est-ce que vous traitez le sujet ? 6:20 Alors, bien sûr, vous pouvez faire appel à des cabinets qui sont des cabinets qui 6:23 vont faire des enquêtes, un peu comme si ils cherchaient un coupable à tout 6:27 prix, et surtout qui, ensuite, vont se dire « OK, on va couper la tête des 6:31 gens ». Je comprends la démarche qui est derrière cette approche. 6:35 Cependant, pour moi, elle n'est pas pérenne. 6:37 Soit, en effet, face à une situation comme celle-là, on a un cas qui est un cas 6:40 isolé, soit, en fait, on sait bien qu'il s'agit d'une situation qui est un peu 6:45 plus compliquée que celle-là, parce qu'il y a une culture d'entreprise qui 6:49 peut être permissive, par exemple, en tout cas qui peut avoir toléré des 6:52 comportements comme ça pendant 10, 20, 30, 40, 50 ans, et qui fait qu'aujourd'hui, 6:58 c'est très compliqué de changer les choses. 7:00 Et ce n'est pas juste le fait de savoir qu'un tel a commis tel acte 7:04 répréhensible et de le licencier qui va changer la donne. 7:07 C'est bien d'aborder le sujet de qu'est-ce qui permet à des comportements 7:11 comme cela d'émerger ? 7:12 Comment est-ce qu'on peut faire pour que les choses changent en même temps qu'on 7:15 continue de s'autoriser à plaisanter au travail, qu'on continue d'avoir des 7:19 relations qui sont des relations saines ? 7:21 L'inclusion, aujourd'hui, c'est de trouver le bon équilibre. 7:24 C'est une vraie ouverture aux autres, mais ça ne veut pas dire non plus de se 7:27 renier soi-même. 7:28 Justement, est-ce que pour vous sortir d'un conflit, ça demande du savoir-faire 7:32 ou du savoir-être ? 7:34 Alors, ça demande trois niveaux. 7:35 Ça demande du savoir, du savoir-faire et du savoir-être. 7:38 C'est ce qu'on appelle du savoir-agir. 7:40 On va dire le mélange des trois. 7:42 Il faut de la connaissance parce qu'il faut aussi recontextualiser les choses. 7:45 Il faut avoir une dimension historique. 7:47 Il faut comprendre quels sont les outils qui sont à notre disposition. 7:50 Par exemple, dans le cadre de négociations sociales, on utilise ce qu'on appelle 7:54 des accords de méthode. 7:56 Il faut, bien entendu, du savoir-faire parce qu'après, quand on est face à des 8:00 conflits, qui sont des conflits chauds, il faut pouvoir manier correctement les 8:05 outils, qui sont des outils de communication. 8:08 Et puis, il faut du savoir-être parce que j'ai quand même la conviction que ce 8:13 qui est un peu le parent pauvre de tous ces sujets, c'est-à-dire la relation 8:16 dans les organisations, est pourtant ce qui nous sauve et ce qui nous protège 8:20 tous dans les situations les plus délicates. 8:23 Et pour conclure, est-ce que pour vous, c'est les mêmes compétences pour sortir 8:28 d'un conflit que pour éviter d'y entrer ? 8:31 Il y a des compétences similaires, forcément, qui sont des compétences liées 8:36 à l'empathie, à l'écoute. 8:38 Il faut être capable d'être empathique en même temps qu'il faut être capable 8:41 d'être assertif. 8:42 Quelqu'un qui n'est que dans l'empathie et qui ne va pas être en capacité de 8:47 recadrer, par exemple, certaines situations, va manquer au moins la moitié du chemin. 8:52 On va dire que dans l'ensemble, c'est les mêmes compétences et en fonction 8:56 des contextes, des situations et des personnes, on peut piocher spécifiquement 9:00 dans tel ou tel savoir-faire, tel ou tel savoir-être. 9:04 Quand j'avais 16 ans, je rêvais d'être pilote de ligne et acteur de cinéma. 9:09 Et d'une certaine façon, je suis devenu chef d'entreprise pour réunir un peu 9:15 ces deux passions, celle de piloter et acteur, parce qu'en tant que 9:20 conférencier, formateur, consultant, j'ai plutôt l'habitude de mettre en scène 9:24 avec mes clients. Et donc, j'ai réussi à allier mes deux passions et à 9:29 transformer ce rêve en une réalité. 9:32 Eh bien, merci à Julien, qui est, je le rappelle, le dirigeant de l'entreprise 9:36 Alternego, pour cette rencontre que vous pourrez retrouver dans notre rubrique 9:40 RH, qui regroupe tous les épisodes portant sur des solutions concrètes pour 9:44 des équipes plus engagées. 9:46 C'était impact.info, entreprendre autrement. Intégrer cette interview sur votre site
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