Alice Barbe a fondé l’Académie des futurs leaders, avec pour objectif de soutenir et former des personnalités engagées désireuses de devenir de véritables leaders politiques.
A l’occasion de la pause estivale, les équipes d’impact.info vous proposent de (ré) écouter l’un de nos épisodes publié cette année.
Il s’agit de la mise en lumière du témoignage d'Alice Barbe , fondatrice de l'Académie des futurs leaders .
Bonne écoute !
Florence Jaillet
Journaliste impact.info
Publié le 18 août 2025
Paroles Audio en Français· Transcription générée par IA
0:00 Bonjour, c'est Juliette et bienvenue dans le podcast de celles et ceux qui veulent faire 0:08 bouger les lignes au sein de leur entreprise. 0:10 Faire de son engagement, son militantisme, un acte politique n'est pas toujours évident 0:16 et peut même en décourager certains. 0:18 Pourtant, Alice Barbe est convaincue que la politique peut renforcer la démocratie et 0:24 que nos engagements peuvent améliorer notre société. 0:27 Je m'appelle Alice Barbe, j'ai 36 ans et je dirige une école politique un peu ovni 0:35 qui s'appelle l'Académie des Futurs Leaders. 0:37 On va commencer par ça. 0:39 Est-ce que vous pouvez nous présenter ce qu'est l'Académie des Futurs Leaders ? 0:43 L'Académie, elle existe aujourd'hui. 0:45 Il y a une grande défiance envers les institutions et la démocratie en Europe, en Amérique du 0:52 Nord, de plus en plus. 0:53 Et que, justement, tout ce qu'on va appeler les corps intermédiaires, que ce soit les 0:57 partis ou même les syndicats, ont du mal à recruter, à faire venir, à mobiliser, 1:02 à inspirer. 1:03 Pourtant, il y a quand même à la fois de très grands défis climatiques, environnementaux, 1:08 sociaux et évidemment démocratiques, c'est la clé de voûte. 1:11 Il y a beaucoup, beaucoup de gens qui s'engagent, qui font de la politique tous les jours sans 1:15 même le savoir et qui font bouger les lignes, avancer les lignes. 1:18 Et le constat, c'est que comme ces personnes ne s'engagent pas dans les partis politiques, 1:22 ça laisse le champ libre à des mouvements plus obscurs qui ne sont pas nouveaux, qui 1:27 ont toujours existé, mais qui prennent aujourd'hui beaucoup de place. 1:30 Et l'idée de l'Académie, c'était d'accompagner des personnes qui font des choses extraordinaires 1:36 sur le terrain pour qu'elles puissent se lancer en politique ou pour qu'elles puissent 1:41 raconter une histoire qui embarque. 1:43 Justement, quand on regarde un petit peu les profils de personnes qui font partie de 1:47 l'Académie, ils sont très variés. 1:48 Comment est-ce que vous choisissez ces personnes ? 1:51 Est-ce que c'est elles qui viennent à vous ou inversement ? 1:54 Alors, nous, on fait un appel chaque année à nomination. 1:56 Donc, il faut être nominé pour rentrer à l'Académie. 1:59 N'importe qui peut nominer n'importe qui. 2:01 On a des parents qui nominent leurs enfants. 2:03 Il n'y a pas de critère d'âge, il n'y a pas de critère de diplôme. 2:05 Donc, la personne la plus jeune, elle avait 19 ans, Louise, une militante climat. 2:09 Et la personne la plus âgée, c'est Stéphane Ravacle, qui est un boulanger qui s'est fait 2:13 connaître en ayant fait une grève de la faim pour sauver son apprenti qui était menacé 2:18 d'expulsion, et lui qui a 55 ans et qui, aujourd'hui, est co-secrétaire national 2:22 du Parti socialiste. 2:23 Toutes ces personnes, d'abord, sont passées par une nomination, donc ils doivent être 2:27 nominés. Les personnes qui les nominent doivent raconter pourquoi leur combat est 2:30 exemplaire et les inspire. 2:33 Et ensuite, on a tout un jury. 2:35 On reçoit près de 200 nominations chaque année. 2:38 On a à peu près 60 % des personnes nominées qui acceptent de passer par le processus 2:43 de sélection. Et chaque année, on a des promos entre 13 et 15 personnes. 2:48 Qui vont suivre, pendant six mois, cinq, six mois, un cursus de trois jours par semaine 2:52 à Paris, très intensif. 2:54 Et c'est difficile de politiser des militants ? 2:57 Parce que j'imagine essentiellement que ce sont des personnes qui militent pour une 3:00 cause. 3:01 Leur combat est très politique, mais après, ce n'est pas forcément des gens qui... 3:05 On a toujours un cliché, en fait, du militant ou de l'activiste, mais ce n'est pas 3:09 forcément que des personnes qui vont dans la rue avec un mégaphone. 3:14 Il y a quand même aussi des stratégies derrière. 3:16 On a accompagné, par exemple, une experte de la communication et de l'influence, 3:21 Justine Bas, on accompagne les influenceurs, on accompagne des personnes qui sont 3:25 expertes sur la finance durable aussi. 3:28 L'important, c'est qu'ils aient déjà à leur actif des impacts forts. 3:33 Et dans tous les cas, leur combat est politique par nature. 3:38 La question, c'est comment on passe justement de militant, d'activiste, d'entrepreneur 3:42 social, de cette posture-là, comment on passe à une posture qui est celle de la 3:47 politique. La politique, ce n'est pas un gros mot parce que politique et démocratie 3:51 ou république ne sont pas censées être de vilains mots. 3:54 C'est la base du contraire social. 3:57 L'humanité s'est formée autour de civilisations qui se sont constituées en 4:00 structures politiques par essence. 4:02 Ce qui m'inquiète le plus aujourd'hui, finalement, dans le travail qu'on fait, 4:06 c'est qu'on entend beaucoup de choses, de récits qui se positionnent contre des 4:11 projets et pas forcément de récits qui se positionnent pour. 4:14 Finalement, le plus dur, c'est ça peut-être, c'est d'accompagner la transition 4:20 d'une posture qui va se positionner contre et faire accoucher du pour. 4:24 Parce qu'à la base de chaque engagement, il y a une vision de société. 4:28 Mais justement, c'était ma question. 4:30 Toutes ces personnes que vous formez, est-ce que vous pouvez nous raconter un 4:34 petit peu les parcours qui ont suivi cette formation de certaines personnes ? 4:38 Alors déjà, moi, ce qui m'impressionne, c'est qu'on voit un impact très vite. 4:42 En lançant l'Académie, au départ, on s'est dit bon, c'est une théorie du 4:46 changement qui va devoir se calculer sur au moins cinq ans. 4:49 Et en fait, pas du tout. 4:50 À la sortie, directement, il se passe des choses. 4:53 On va voir un tiers des participants se lancer tout de suite dans de la 4:56 politique politicienne de terrain. 4:58 Mais il y a deux autres types d'impact. 5:01 On a des personnes qui vont décider, faire le choix de s'impliquer de façon 5:05 beaucoup plus métapolitique, en contribuant à l'élaboration de ce 5:10 récit, ce fameux récit, la mise en œuvre de leur vision. 5:13 Ça peut être par l'écriture d'un livre. 5:15 Ça peut être par des interventions médiatiques, de façon à ce que leur 5:18 discours devienne beaucoup plus vocal, beaucoup plus résonnant et beaucoup 5:21 plus impactant. Et la troisième catégorie d'impact, c'est des personnes 5:26 qui vont avoir un impact politique, mais on va dire un petit peu plus derrière 5:30 les rideaux, en faisant du plaidoyer, par exemple, en créant des mouvements, 5:34 des associations, des think tanks, qui vont permettre à la fois de faire 5:38 avancer le débat public, mais aussi de faire changer les lois. 5:41 Alors, vous, vous êtes également militante et activiste depuis de 5:45 nombreuses années, notamment via Synga. 5:48 Est-ce que c'est difficile de rester motivée soi pour continuer à motiver 5:52 les autres ? 5:53 Juliette, est-ce que c'est difficile ? 5:55 C'est une sacrée question. 5:57 Je n'ai rien connu d'autre dans ma vie que le fait de lancer, diriger et 6:01 organiser des mouvements. 6:03 Synga, ça a été mon métier pendant dix ans. 6:05 Aujourd'hui, c'est l'Académie, mais évidemment que je suis engagée sur 6:08 plein d'autres sujets. 6:09 Peut-être que le seul problème, c'est mon modèle économique de vie, parce 6:12 que quand on monte des mouvements et des structures, il faut quand même se 6:17 payer à la fin du mois parce que non, les activistes ne vivent pas d'amour et 6:20 d'eau fraîche. Et là, je suis sur un sujet, la démocratie, qui est un sujet 6:23 qui fait peur, surtout malheureusement dans un monde où les ressources allouées 6:29 par l'extrême droite sont démesurées. 6:32 De plus en plus d'acteurs de la philanthropie vont dire non, si c'est 6:35 politique, j'ai peur de me mouiller. 6:38 Je leur réponds, je suis politique, mais je suis apartisane, je ne suis pas là 6:41 pour défendre un parti, mais je pense qu'il faut sérieusement défendre la 6:45 démocratie et la République. 6:46 Et un de mes combats aujourd'hui, au-delà de l'Académie, c'est de porter un 6:49 plaidoyer dans le monde de la philanthropie pour dire on a besoin d'investir 6:53 dans la démocratie. En France, la démocratie, ça représente moins d'un 6:56 pour cent de la philanthropie. 6:57 Pour moi, la difficulté, elle va se jouer sur le côté argent. 7:01 Mais sur le job au quotidien, est-ce que c'est difficile de rester 7:06 motivé ? On y arrive, on va y arriver. 7:09 La question ne se pose absolument pas. 7:11 Ce n'est pas demain, la veille que je vais tout lâcher pour aller travailler 7:14 dans une grande banque, en fait. 7:15 Comment est-ce qu'on finance un tel projet ? 7:17 C'est très compliqué de financer un projet comme l'Académie, premièrement 7:21 parce qu'on fait un travail qui, à la base, est censé être fait par les 7:25 partis. C'est très compliqué parce qu'on accompagne 15 personnes et qu'on 7:29 investit énormément d'énergie et aussi d'argent. 7:32 Au départ, l'Académie était soutenue principalement par des financeurs 7:36 américains, parce qu'aux États-Unis, la philanthropie sur la démocratie est 7:39 plus forte, mais aussi peut-être plus dirigée par des personnes que par 7:44 des structures, ce qui n'est pas toujours quelque chose de bon, en fait. 7:48 Aujourd'hui, les Américains, ils sont mis sur d'autres priorités et je 7:52 peux les comprendre. Il y a quand même l'ombre de Donald Trump qui plane sur 7:56 2024. Mais comment on finance concrètement ? 7:58 C'est très difficile, c'est très difficile. 8:01 On fonctionne sur la base de dons, principalement subventions, fondations. 8:06 On a un budget qui n'est pas énorme non plus par rapport à d'autres structures, 8:10 mais on fonctionne avec 340 000 euros par an parce qu'on fournit des bourses à 8:13 nos participants, au moins la moitié, en tout cas les plus précaires, ce qui est 8:17 très difficile cette année en plus. 8:19 On a besoin d'argent. Voilà, message. 8:21 Donc, l'idée avec Impact.info, comme ce que je vous expliquais un petit peu en 8:24 amont, c'est de donner la parole à celles et ceux qui font bouger les lignes au 8:29 sein de leur entreprise, notamment. 8:30 Selon vous, en quoi vos actions font bouger les lignes ? 8:33 L'Académie d'un futur leader, c'est une partie du puzzle. 8:36 Je suis assez consciente que ce n'est pas en accompagnant 15 personnes par an 8:40 qu'on va sauver la démocratie. 8:44 Toutefois, je pense que l'Académie peut, et surtout, c'est les personnes qu'on 8:48 accompagne qui font bouger les lignes, avec un courage, une ténacité, une 8:54 détermination extraordinaire. 8:56 Si on peut réussir à infléchir un tout petit peu la tendance 9:05 antidémocratique qu'on voit grandir, pour moi, c'est déjà suffisant. 9:10 Impact.info, entreprendre autrement. 9:13 Alice, pour conclure cette interview, 16 ans en France, c'est l'âge légal pour 9:18 ouvrir sa première entreprise. 9:20 Est-ce que vous saviez de quoi vous rêviez, vous, lorsque vous aviez 16 ans ? 9:23 16 ans, c'est l'âge, alors je ne vais pas être très axée entreprise, mais c'est 9:27 l'âge où j'ai pris conscience que mes grands-parents étaient très fascistes. 9:34 J'ai visité à 16 ans, avec mon école, un camp de concentration et en allant voir 9:39 ma grand-mère et mon grand-père, ils m'ont expliqué que c'était une invention 9:44 des Américains pour Hollywood. 9:47 Et j'ai pris conscience de l'ampleur des convictions que je pensais être mortes et 9:53 que je voulais voir mourir, et de leurs dangers. 9:59 Et c'est donc 16 ans, l'âge à partir duquel j'ai su que toute ma vie, j'allais 10:05 me battre contre ces idées, à commencer par débattre, argumenter avec ma famille, 10:10 avec mes grands-parents. 10:12 Ça n'a pas été très conclusif, mais ça a été pour moi l'année de la prise de 10:18 conscience. Je ne savais pas que j'allais être entrepreneur, pas du tout. 10:21 Je voulais m'engager comme journaliste, mais je savais que ce serait ça mon enjeu. 10:28 Merci à Alice Barbe, qui est la fondatrice de l'Académie des Futurs Leaders, un 10:32 centre de formation pour celles et ceux qui veulent s'engager en politique. 10:37 Vous pourrez bien entendu retrouver cette interview sur notre site impact.info, rubrique 10:42 RSE, qui regroupe tous les épisodes portant sur les enjeux des dirigeants et 10:46 dirigeantes qui mettent la responsabilité au cœur de leur entreprise. 10:52 C'était Impact.info, entreprendre autrement. Intégrer cette interview sur votre site
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